La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE redemande; le prestige de la gloire guerrière s'efface; les sentiments vieillissent, se métamorphosent ; le sentiment de la grandeur militaire doit périr; il y a, à mesure que s'ayancc l'humanité, des outils rudimentaires dont elle se sépare deYant les découvertes de chaque jour; même si la guerre devait être nécessaire, inéluctable, autant que durera le monde, c'en sera fini, un jour ou l'autre, de l'année et des armées avec ces encrins de destruction - qui se détruisent l'un ' 0 l'autre, à en croire chaque nouYcl inventeur - qui, aux mains de quelques hommes, pcuYent propager le désastre et la ruine, dans des proportions que ne purent entrevoir jamais les plus gigantesques faiseurs de carnages. Combien apparaîtront primitifs et singuliers, puérils et arriérés aux hommes des temps futurs tous ceux de ce premier Empire qui, même à des esprits d'alors, faisaient l'effet d'une race différente, lointaine, disparaissantc ; telles sccncs à peu prés historiques, peintes avec tant de vigueur lyrique par Georges d'Esparbès, dans la Légeudede l'Aigle, où des hommes désarmés se battent à coups de poings, à coups de dents, se mangent littéralement, ne sont plus d'hier, mais des ères premières de la terre; certainement, pour les hommes futllrs, tout cela se tassera, confus, vers· les aubes où les mastodontes occupaient la surface du globe ... • A l'heure presque des bulletins glorieux de l'Empire, dans la fumée encore des Yictoircs, dans le vertige de la conquête, l'Idée allait sa route, silencieuse; bientot, la servitude militaire était étudiée, en parallèle avec sa gra11de11r. Maintenant, la grandeur militaire semble quclqu'c chose de bien petit à nos rêves, et gagner des batailles ne hante guère les intelligences, illuminées d'autres espoirs ... Ceux qui font de ces rêves, ils se désabusent rapidement, la réalité a tôt fait de les dégoôtcr. Quelle que soit la solidité de la foi, la qualité de la croyance dans laquelle ils furent élevés, et au milieu de quoi naquit leur désir, la vocation, avec quelque entrain qu'ils entrent dans la carrière, leurs regards ne tardent point à se dessiller; j'ai reçu plus d'une confidence de camarades, dont l'enthousiasme juYénile éclatait aux examens de Saint-Cyr; ils trom•cnt l'uniforme lourd à présent, ils s'aperçoivent que le rôle des armées n'est plus, ne sera plus celui qu'il fut - et qu'ils croyaient, enfants; ils se résignent, tristement; ils ne croient plus aveuglément; le doute les a frôlés ; ils ne peuvent, a,·cc le passage de toute la nation à la caserne, ignorer le mouYemcnt des opinions; ils savent que la suprématie de la force est la plus éphémère de toutes; et il faut bien qu'ils admettent que l'amour est plus fort que la haine, la vie plus forte que la mort, la pensée plus forte que la force, et que, au-dessus de la grandeur sauvage de la guerre, au-dessus de la grandeur militaire, se place la. grandeur morale, la grandeur civile ... C'est un leurre aussi que de prétendre

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