LE MOU\'EMEXT LITTÉRAIRE 79 CASQUE ET SABRE, par CHATEAUVIEUX Chez Grasilier, successéur de Sa\"inc. Il y a, depuis Yingt-cinq ans, une littérature militaire, ou plutôt antimilitaire : car les romanciers qui passèrent par l'am1ée et nous donnèrent ensuite leurs impressions, ne dénotèrent pas le moindre penchant sentimental pour le métier <les armes et la façon dont il s'exerce; ils furent malmenés, jetés à la Cour d'assises, acquittés ou condamnés, et, comme toujours, l'on crut i quelque géneration spontarn:e de ce qui n'était que le rassemblement soudain d'opinions errantes ks plus anciennes du monde sur les armccs, la guerre, la patrie. Sur le fond tout le monde est d'accord, sauf les professionnels dont l'aYis peut être mis de côté, que la guerre est un fléau, que les armées ruinent les nations et pour une grandeur, la plus basse de toutes, celle de la force, de la conquête brutale, comportent les pires ser-, Yitu<les,et qu'enfin, si justifié que soit le sentiment qui attache l'homme au sol natal, cela ne saurait détruire le rèYe autrement ample et désirable <l'une humanité sans bornes et sans frontières, comme souhaitent les poètes et les philosophes. ous ne chercherons pas tout ce qu'a inspiré, toujours et partout, l'horreur de la guerre i tous les penseurs. Sans arri\'Cr à nos littérateurs antimilitaires, il suffira de citer Alfred <leVigny. En quelques lignes de Servitude el gra11deur111ilitnires, il a écrit la préface de tous les Yolumes sur l'année de ces dernières années. En quelques phrases hautaines et mèlancoliques, le noble poète d'Elon, l'officier dont l'enfance aYait éte emerYeillee, énchantee <lesrecits de l'épopée napoléonienne, aYoue sa sombre tristesse : en lui, le soldat a honte, dépose les armes deYant le penseur, et l'aristocrate, Youé à commander plus qu'à obéir, ne dit point autre chose sur la discipline et l'autorité, sur l'obéissance passiYe, sur les armées permanentes que nos engagés Yolontaires, qui manifestent 1:\-<lessusune opinion si unanime, dès la sortie du regiment ! « Au moment où j'écris, un homme de Yingt ans <le « sen·ice n'a pas \'U une bataille rangée» remarque-t-il, lui, guerrier et poète. Dans les mêmes conditions que lui sont nos obserYateurs réalistes, et leurs minutieuses enquêtes concluent de même sorte, à ceux qui publient Yingt ans après Sedan, comme icelui qui publiait Yingt ans après \\'aterloo. Depuis les bulletins de la Grande-Armée, dont anit été nourri le commencement <lu siècle, jusqu'à la fin, où séYit le colonel Ramollot, malgré l'identification de l'année à la nation, malgré la suppression du remplaçant, malgré la diminution du temps de service, malgré le sen·ice obligatoire pour tous, les choses paraissent au même point. C'est le même combat antimilitaire de la part des romanciers de la génération montante, que livrait vers 1835 l'officier Alfred de Vigny, l'un des plus austères esprits dont s'enorgueillisse la littérature française.
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