LA RE\'üE SOCL\I.ISTE je suppose que c'est a l'enseignement ou plutôt au renseignement de ses lecteurs. De la production innombrable des siccles et des races, il survit un bien petit lot de volLùnes; des centaines qui paraissent chaque semaine a présent, combien portent une destinée durable en eux? Mais, par contre, celui qui Yivra ne marque jamais un accident, il ne nait point isolé, il résume des tentatives dispersées, il condense les idées éparses, il est la somme d'efforts diYcrs, et le plus gros total peut n'être que l'addition, par le génie ou le talent, de chiffres infinitésimaux : aussi beaucoup d'œuncs qui ne Yaudraient gucrc par cllesmêmes, en s'ajoutant les unes aux autres, ne sont plus quantité négligeable - toutes pcuycnt prendre rang dans quelque colonne, dans quelqu'une des séries d'idées ou se meut notre cpoque; nul labeur humain n'aboutirait à l'analyse spéciale de chaque Yolumc; il est possible, au contraire, de classifier facilement les vie11tde paraître. Aussi, quelquefois, le traYail accumulé d'un auteur peut donner lieu à une étude d'ensemble profitable. Cc sera notre plan, la simplification de la tâche, tantôt une causerie sur une série de lincs qui s'apparicnt sur une question, tantôt l'article sur une tâche indiYiducllc, parYenuc à un moment sérieux de son déYeloppcmcnt. Donc, de cette multitude de pages qui s'impriment, ma préoccupation serait de démêler la direction, la tendance générale, la signification humaine, profonde et durable, au-dessus des misérables et bruyantes questions de forme et de goût, des puériles querelles de saison et de mode ... A traYers le labyrinthe compliqué du temps présent, aYcc ses conflits et ses tâtonnements, les déchirements qui se produisent dans la bataille de cc qui Yient contre cc qui fut, chercher la fenêtre de jour, la porte de lumiérc; dans les remous de courants ennemis, parmi les tourbillons, tâcher de décounir la pente naturelle de la pensée qui couic sans retour a l'aYcnir, comme le ruisseau Yers la mer; tâcher de démêler la Yoix de Yérite parmi le brouhaha de Yanités, d'erreurs, d'intérêts, de mensonges de cette tour de Babel de la littérature, oü tout le monde parle la même langue - et personne ne s'entend; noter les coudes, les soubresauts, les saccades de déroulement de l'esprit de l'uniYers dans son processus logique, parmi la Yariation, la transformation des sentiments, dans l'eternellc actiYité des ccrYeaux en quête de morale et de beauté; determiner la contribution de l'époque à l'edificc intellectuel sans cesse suréleYé des siécles, en tenant compte à chacun de son labeur, plus de sa conscience et de sa sincerité encore que du mérite, quelquefois si facile et inutile; en un mot, suine le mou,·cment littéraire et non celui de la librairie - Yoili le lourd programme que je me suis fixé - oü je m'efforcerai de mon nueux.
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