La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

RE\"UE DES REVUES 737 principes directeurs avec le premier. Les auteurs de cette catégorie de projets partent de points de rnc tout à fait différents. D'après eux, cc n'est pas la sLir\·iyance du lien féodal rattachant l'homme a la terre qui est la cause de la « crise agricole ». Au contraire, c'est parce que cc lien a étl.'.:brisé, parce que l'homme a été affranchi des obligations contractées cnwrs le sol, source légitime de toute richesse, que la Yaleur de la terre décroît, que la production agricole n'est plus rémunératrice et que la misère a pris la place de la prospérité qui régnait jadis dans les campagnes. A leurs yeux, la proprieté foncière est bien une proprietè particulière; clic est la base du foyer, de la famille et, à ce titre, loin de chercher à rendre cette base plus instable, il faut s'cffa,rccr de la consolider. La Revolution de 1789, a\'cc le morcellement des héritages, la suppression des antiques coutumes qui attachaient à la possession de la terre un ensemble de droits et de devoirs correspondants, a étè la cause première du mal dont nous souffrons aujourd'hui. En détruisant d'abord les classes dirigeantes qui étaient les grands propriétaires fonciers, en les assujettissant même a la puissance des propriétaires industriels et des financiers, elle a, d'une part, créé l'absentéisme, cette plaie de la grande propril.'.:té contemporaine; désintt'.:ressé du progrès agricole les possesseurs de domaines, contraints par les conditions nouvelles du gouYcrncmcnt et de la Yic sociale, d'abandonner leurs terres pour YCnir en dépenser les rcYcnus dans les grandes YiIles, au centre de toute \·ic active ou de se lancer dans l'àpre bataille de l'industrie et de la finance, pour pournir rivaliser avec les parYcnus d'hier. De L\, la disparition de nombreuses ressources que la petite production des campagnes et ses habitants, en général, retiraient de la résidence sur leurs terres des gentilshommes campagnards. Non seulement les campagnes ont fait L1 une perte sensible; mais l'absentéisme a eu pour conséquence de priver la propriété foncière de capitaux importants, jetés par les grands propriétaires dans les entreprises industrielles et financières, ou dépensés par eux dans les prodigalités qu'entraine la vie de luxe des grands centres urbains. Le terre est ainsi tombée entre les mains Je fermiers intéressés au seul accroissement du revenu net, et qui n'apportent pas dans leur exploitation les préYisions à longue échéance de l'antique faire-valoir direct. Ils ont souycnt des capitaux insuffisants, et ils déploient dans la mise en valeur des richesses naturelles du sol une prudence cautc- • leusc qu'cx~iliquc assez leur situation d'exploitants temporaires, condamnes à se voir dépouillés en fin de bail de la plus-nluc qu'aurait créce une administration trop prodigue. En arrachant la noblesse aux grands domain_es fonciers, on les a stérilisés. La classe des paysans, des petits et moyens propriétaires, n'a pas 47

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