La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE auquel la production industrielle renouvelle incessamment et par avances échelonnées, correspondant à des livraisons de produits périodiques, ses échanges. La production agricole, clic, doit faire face ;\ toutes ses dcpenscs d'outillage et de main-<l'œunc, dont clic n'opcrc le remboursement qu'à une date fixe, par la vente globale des récoltes. Encore éprouve-t-elle, <le cc chef, des mécomptes nombreux; car l'apport sur le marché, ;\ une date fixe, de l'ensemble <les produits obtenus dans le cours de l'année, place l'agriculteur dans une situation inférieure à celle de l'acheteur. Il est évident que l'offre est de beaucoup supérieure à la demande (j'analyse, je ne juge pas; car je crois que si cette observation est Yraie, elle ne l'est que partiellement. En tout cas, ces faits ont existé de tout temps et leur constatation ne saurait expliquer les souffrances trcs réelles de l'agriculture). Pourquoi, s'est-on demandé, la production agricole, la propriété fonciére, en d'autres termes, ne peut-elle, comme la pro<luction industrielle, disposer du crcdit qui a si singulicrement facilite le de\'cloppement industriel au dix-ncuviéme siccle? Parce que la propriété fonciérc est d'une nature spéciale; parce que les lois qui régissent sa transmission, ses opérations, sont autant d'cntra\'cs apportecs à son extension. En un mot, tandis que la propriété industrielle se prête à une réalisation prompte, facile, à des modes <l'exploitation varies, la proprieté foncière, elle, reste assujettie à <lesformalites multipks, ,·cstiges des liens féo<laux qui rattachaient jadis l'homme à la terre. Mobiliser la terre, la rendre plus aisément échangeable, tel est donc le moyen par excellence qui a paru de nature à permettre l'accession de l'agriculteur au crt'.:dit. De là, ces projets divers de crédit agricole, qui ont donné lieu à tant d'ingenicuscs combinaisons. Au fond, en dcrnicrc analyse, toutes ces combinaisons se ramcncnt à un systcmc plus ou moins complet de mobilisation de la propriété terrienne, dont le dernier mot est le systéme Torrens, adopté en Tunisie depuis l'établissement de notre protectorat. Il a pour.lui, naturellement, le monde des écono-. mis'tes, les libéraux et les... financiers, qui verraient avec joie une proie aussi consi<lérable que la propriété terrienne française livrée 11uxhasards de la spéculation et de l'agiotage, du jour oü les formalités qui la sauvegardent de leurs griffes seraient supprimees. Cc systéme a été caractérisé d'un mot par M. Foville, qui est un de ses partisans. Dans son linc, la Frr111ce éco110111iq11e, c t auteur écrit, parlant de la Tunisie : « La Tunisie comprend des terres fertiles et, le système Torrcns aidant, les Européens ne tarderont pas à en posséder une partie notable ». C'est l'aveu, sans ambagc, que la mobilisation rapide de la propriété est l'instrument par excellence de l'expropriation des petits et moyens propriétaires au profit des capitalistes. Le second systc'.·meest en opposition complète, absolue, dans ses

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