66 LA REVUE SOCIALISTE Quand toute la chiourme fut ferrée, nous fùmcs ramenés dans la salle commune. Une ceinture me manquait, a\'CC un crochet pour suspendre la chaine. Chose singulicrc, l'administration du bagne ne la fournissait pas. Un forçat m'en Ycndit une pour dix sous. i\lais ceux qui n'ayaient pas dix sous? Tant pis pour eux : ils <levaient se montrer débrouillards. Je dépensai encore deux sous pour me procurer une pallarnsst', tampon de linge ou de cuir qu'on place entre la chair et la manille. Un certain nombre d'entre nous, surpris par notre brusque départ de Versailles, n'aYaicnt pas laissé leurs effets ciYils pour ne pas grelotter pendant le voyage. Le « fondé de pom·oirs » de notre wagon cellulaire s'était montré fort accommodant : on Ya Yoir pourquoi. ArriYés presque ;\ la gare de Toulon, nous dûmes nous dépouiller <le tout cc qui n'était pas d' cc ordonnance ». Il nous dit du ton le plus aimable que nous faisions erreur en croyant que nos paquets seraient rc1woyés à nos familles. A notre entrée au bagne, ils seraient brùlés. Dés lors, pourquoi plutàt ne pas les lui donner? Il se flattait de s'être montré bon garçon aYcc nous, ne méritait-il pas d'être récompcns1.:? Grâce à cc raisonnement, il fit une assez jolie récolte de Y<:tcmcnts, de chemises, de chaussures et de chaussettes; car, au so11ir du wagon ccllu-. Jaire, nous dûmes marcher les pieds nus fourrés dans des guenilles en toile; j'en aYais même perdu une en chemin, sous la pluie et dans la bouc. Les porteurs de hardes se Yoyaicnt escortés par des gamins qui leur criaient : « Ça sera brùlé ! Donnez-nous Y0Spaquets! » En effet, un garde-chiourme en exigea la remise, en les qualifiant de nippes. Yainemcnt nous demandâmes qu'ils fussent rcnYoyés à nos familles. J'ignore l'usage qu'on en fit. Il fallait prendre notre signalement. De nouYcau on nous fit mettre nus. L'adjudant-inspecteur me demanda malicieusement si je saYais lire, quoique je lui eusse répondu que j'étais journaliste. Des condamnés de la Commune aYaient etc <YrDUJJcJsans le ;:, bagne numéro 5. On nous y conduisit, quelques compagnons et moi. Tous rcnnis, nous étions au nombic de soixante-quinze cnYiron. Les premiers arriYants, les jeunes condamnés militaires de ;'\arbonnc, n'a\·aicnt pas été d'abord isolés de la chiourme. Accouples a,·cc clic par leurs chaines, ils allaient à la cc fatigue ». i\!ais des comit1.:s de Toulon s'étaient mis en relations aYec eux. L'administration alors les affranchit du tra\'ail et les confina Jans une salle. Cinq ou six forçats, qui n'étaient pas des condamnés de la Commune, furent cependant maintenus parmi nous. On deYine ais1.:ment la mission qu'ils deYaicnt remplir. Notre nourriture se composait cxclusiYemcnt de gourgancs et de pain déplorable. Un cantinier, à certaines heures, se présentait à la
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