LE BAG~E DE TOULO~ APRÈS LA. comtU.:E ne terminf1t par ces ·paroles consacrées : Et Yoilù comment la YCrtu trouve sa récompense ! L'assassin était un porteur de rouflaquettes. DéYoré d'une vanité aussi grande que son ancienne casquette a trois ponts, il raconta ses exploits. Toutes les go11zesses, a l'entendre, raffolaient de lui. Elles étaient heureuses de lui donner toute la braise qu'elles recevaient des ,nicbels. Dame! il tapait dur au besoin sur les rccalcitrantes. Cc qui charmait surtout les Louis q11ill';_e, parait-il, c'ctait sa distinction. En le voyant, les gens qui ne le connaissaient pas le prenaient, jurait-il, pour un prince, et, quand il le Youlait, il parlait comme un aYocat. Par malheur, il était un peu poivriol. Une nuit, Youl:int administrer une simple correction à une de ses admiratrices, il lui crcYa un œil et la laissa pour morte. Maintenant qu'il n'a,·:iit plus rien a risquer, comme condamné a perpète, il pounit bien aYoucr fièrement qu'il aYait fait plus d'un pa11/re au père Fra11çois. Je vis, à l'aube, le défilé des forçats se rendant ~\ l:i « fatigue ». Un pittoresque sinistre fait d'un chariYari de chaines, de couleurs criardes et de faces douloureuses ou bcsti:ilcs. La nouYclle chiourme, à son tour, dcYait :iller à la forge pour subir le ferrement. Je me mis à mon r:ing, et, sur l'ordre d'un gardcchiourmc, nous marchâmes par couples. Dans cette forge, on ferrait les cheYaux et les forç:its. Nous fùmcs linés a un forgeron et a deux aides. De,·ant nous, se dress:iit un csc:ibcau. Je remarquai que le premier qui subit l'opération ressemblait, à s'y méprendre, à Lacenairc, dont j'avais vu le portrait. Une dizaine passèrent aY:int moi. Mon tour Yenu, un :iidc me fit placer ma poitrine sur l'escabeau et me demanda : - La droite, ou la gauche? - La droite. Il empoigna ma jambe et me l'cnlern brutalement. Je sentis que l'autre :iide ccrcl:iit mes chevilles d:ins un anneau de fer. J'entendis un bruit de chaine; c'était la manille, fixée au bout, qu'on allait riYcr autour de ma jambe droite. Cette opération nécessitait un grand nombre de coups de marteau, parce qu'elle se faisait à froid; puis, le moindre ccart pouvait briser les os. Le forgeron, un solide gars, dont j'aYais remarqué les yeux d'un bleu dur qui n'avait rien de céleste, passa en trainant ses pieds devant ma tête pendante. Alors, bien campé derrière moi, il !en, comme pour les autres, son marteau, et en asséna un premier coup sur le fer, puis, un second, un troisième, et ainsi de suite : j'en comptai soixante-trois. La manille était riYéc. Je 111eremis sur pieds, et me courbai pour ramasser le bout de ma chaine.
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