La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE 733 III Travaille! travaille toujours! Jusqu':i ce que ta cervelle chancelle. Tra,·aille ! tra\'aillc encore! Jusqu':i ce que tes yeux s'obscurcisstnt. Ourlets et coutures, Coutures et ourlets, Aux boutons, le sommeil m'a gagnée, Je les attache en rê\'e. IV Oh vous, hommes I qui avez des sœurs [aimées, 0 vous, qui a,·ez des mères, 'des femmes, Ce n'est pas de linge dont vous êtes vêtus, Mais de la vie de pauHes cri:atures huCouds! couds toujours 1 Dans la pauvreté et la faim. Tire deux fils :1 la fois : [maines. Un coud ton suaire, l'autre la chemise. V 1'1aispourquoi parler de 1:\ mort, Ce fantôme osseux? Sa terrible forme m'effraie :i p~ine, Elle ressemble tant ,\ la mienne, Elle ressemble tant !t la mienne, Car j'ai tant jcùni: ! 0 Dieu ! que le pain soit si cher Et la vie humaine !t si vil prix 1 VI Travaille! tra\'aille toujours! ~la tâche n'a pas de fin. Et quelle est sa récompense? Un grabat; Une croùte de pain; des haillons; Cc toit :i jour; ce plancher nu; Une table; une chaise boiteuse; Et un mur si nu que je remercie mon [ombre De ,·enir parfois l'.:g.tyer 1 XI Les doigts las et usés, VII Travaille! travaille toujours 1 Tandis que tristement sonnent les horloges. Travaille I travaille encore! Comme une prisonnière qui expicsoncrin;cl Ourlets et coutures ; Coutures et ourlets ; Jusqu':i cc que le cœur défaille, et la cer- [\'Clic s ',,ngourdisse Avec la main épuisêe. VIII Tra\'aille ! tra\'aille toujours! Durant les jours gris de décembre, Eh tr:l\"aille ! tra,·aille encore Quand le temps est beau, Quand sous les fenêtres Les hirondelles accrochent leurs nids, Comme pour me montrer leurs dos en- [soleillés, Et me tenter avec du printemps ! IX Oh! seulement respirer La prime\'ère et la pâquerette Avec du ciel au-dessus de ma tête Et de l 'hcrbe sous mes pieds 1 Pouvoir durant une courte heure seulement Sentir comme je sentais autrcfois, Avant que je connusse les tristesses du l besoin ; Quand pour une promenade je ne devais (pas me passer dé manger. X Oh! durant une seule hcurc, une courte Oublier! Et tromper ma peine [heure, Avec des penséés d'amour et d'.:spoir 1 Mais non; mon temps appartient :i ma (douleur. Quelques pleurs soulageraient tant mon f cœur; ~lais je dois refouler les l:irmes amères Qui arrêteraÎLnt mon aiguille, Les yeux lourds et rougis, Une femme en loques, sans grâces, Tirait l'aiguille. ---1 Couds 1 couds toujours 1 Dans la pauHeté et la faim. Et pourtant d'une voix douloureuse, -(Que ne peuvent les riches l'entendre!)- Elle chantait: << la Chanson de la chemise. >l

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