La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

.. 734 LA REYUE SOCIALISTE Voici maintenant le chant de Henri Heine LE CHA'.\'T DES TISSERANDS SILÉSIE'.'-1S Ces hommes sombres, !t l'œil sec, ne Yersent p:ts de larmes ; assis devant leur métier, ils chantent en grinçant les dents : Vieille Allemagne, nous tissons ton linceul, nous mêlons à notre tissu mainte malédiction. - Nous tissons, nous tissons. Maudit soit le Dieu, le Dieu des heureux, ,i qui nous a,·ons adressé nos prières dans les froides nuits d'hiver et dans les long~ jours de la fami.ne. Nous avons en Yain attendu et espéré; il nous a trahis, trompés et bernés. - Nous tissons, nous tissons. l\lauditc soit notre patrie allemande, ce p:tys où ne prospi:rcnt que l'infamie et l'opprobre, où chaque fleur se flétrit :ivant de s'ép:tnouir, où tout pue le mensonge et la putréfaction. - Nous tissons, nous tissons. L:t navette vole, le. métier craque. Nous tissons le jour, nous tissons la nuit. - Vieille Allemagne, nous tissons ton linc..:ul, nous mêlons it notre tissu mainte malédiction. - Nous tissons, nous tissons. Ces strophes de Thomas Hood et de Heine sont bien belles; il en existe d'autres de pactes cc'.:lc'.:brcqsui les escorteraient; enfin, si j'ai donné l'indication de cc Yolumc à faire, c'est surtout que je crois que l'on dccouwirait des YCrs dignes d'être ressuscités et de ne plus mourir, en recensant tant de journaux et de renies c'.:phémères où, plus d'une fois, j'ai noté d'un inconnu ou d'un anonyme une pensée, une phrase ... Et puis cela s'efface; on Ya Yers ses besognes ordinaires, et plus tard, c'est trop tard, on ne retrouve plus le Yolumc, le titre, l'annc'.:eà traYers tant de paperasses. Pourtant, quel bouquet quelqu'un, qui s'en donnerait la peine, pourrait rassembler de ces fleurs c'.:parses, pâles de tristesse, de maladie, de faim, ou rouges, glorieuses, triomphales, fleurant bon l'aycnir. ... JEAN AJALBERT.

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