La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

732 LA REYUE SOCIALISTE de pièces très rudimentaires il jaillit de source un mot, une image, un rire ou une larme, quelque chose qui vient de loin, s'èlancc de profond, de quoi faire pâlir tous les savants du verbe et du rythme; et l'on se dit qu'il y a des gisements et des mines, où les poètes ne sont pas descendus encore, où peut-être se rcnovera la poésie un jour. J'aurais voulu écrire un article sur cc sujet, et j'avais commencé de parcourir quelques volumes et quelques journaux. Je me suis aperçu tout de suite de la quantité de travail qu'il faudrait, d'un loisir que je n'ai pas. Il est bien impossible aussi de réclamer cet effort du lecteur le plus curieux, d'aller fouiller dans des milliers de numéros pour y jouir de trouvailles naturellement fort espacées. D'autre part, les plus merveilleux fragments humanitaires de Victor Hugo, les couplets de Béranger, tant de savoureux refrains de Dupont, ne pem'ent donner une idée de cette poésie si poignante par ce qu'elle a souvent de naïf et de fruste. Pauvres fleurs lùves poussées entre les pavés ou dans les fentes de murailles, il y en a, chœurs de réunions publiques ou romances des rues, qui Yalcnt d'être recueillies ; on n'aura pas le tableau complet de notre histoire littèrairc sans des spé"cimens de cette poèsie trop ignor<'.:e et dédaignée. Cc qui a été fait servirait aussi à 111ontrerce qui pourrait être fait. C'est pour cela que je crois à la nécessité d'un recueil de morceaux choisis de cc genre, qui offrirait d'abord un fort attrait de curiosité, en n'.:pandant des inconnus remarquables, ou d'autres, seu-· lement connus dans certains milieux, tels q_ue Pottier, J .-B. Clément, etc., puis montrerait le progrès et les Yariations des sentiments, des idées et de la foi réYolutionnaires. Des extraits de Hugo, des chansonniers populaires, des pages de Jean Richepin pourraient trouYer place à côté de citations de Vermersch; dans la production abondante de Jules Jouy et de Clovis Hugues, il y aurait à discerner bon nombre de piéces; enfin, on joindrait quelques traductions, par exemple, le Cba11tdes Travailleurs, le C/1a11dte la cbe111ise, de Thomas Hood, le Cba11tdes Tisserallds, de Henri Heine. Je n'ai rien cit{'.:de nos poètes que l'on peut se procurer. Mais rnici la Cba,1s01d1,e la cbemise, qui a paru çà et là, moins facile à relire : LA CHA:-sso:,.,r DE LA CHDIISE Les ·doigts Jas et usés, Les yeux lourds et rougis, Une femme en loques, sans gr:îces, Tirait l'aiguille. - Couds! couds toujours ! Dans la pauvreté et la faim. Et pourtant, d'une YOix douloureuse, Elle chantait: l< b Chanson de b chemise. » II Travaille! travaille toujours Dès le chant du coq; Travaille! travaille encore A l'heure où les étoiles brillent sur la [mansarde. Oh! m;eux ,·audrait être esclave Chez le Turc barbare • Où la femme ù'a pas d'ame ,1 sauver, Si des chrétiennes doivent peiner ainsi.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==