LA REVUE SOCIALISTE rouo-e • Je bonnet rouo-e coiffait les condamnés à temps, le bonnet vert, O ' 0 les condamnés à perpétuité : ce dernier me couvrit. Sa plaque à numéro ballottait. Mes hardes bigarrées, souillées, effiloquécs, avaient déjà serYi a plusieurs forçats. Un condamne nous rasa la barbe et nous coupa les cheveux ras, en y opérant des sillons parallèles. Cette sorte de tonsure facilitait la reprise des éYadés, à défaut du fer rouge sur l'épaule. Tout à coup, le sergent des gardes-chiourme poussa le cri : - A coucher! Tous les forçats se précipitérent sur le lit de camp. Il poussa un second cri : - Au ramas! Les nouyeaux venus ne portaient pas encore la chaîne, mais les anciens étaient « ferrés )). Deux cents de ces derniers décrochèrent leurs chaines de Jeurs ceintures et les jetèrent sur le lit de camp, bordé par une tringle mobile, qui reçut le dernier anneau de chaque chaîne. Chaque forçat se troun ainsi attaché par un pied. Quand il avait besoin de s'asseoir sur un baquet, il descendait en marchant dans toute la longueur de sa chaîne. \'oilà le ramas. Un coup de sifilet prolongé retentit. La rude Yoix du sergent, de nom·eau, résonna : - Silence partout! Un silence de mort régn,t aussitôt. Le forçat qui osait le rompre était puni du cachot. Je me sentais saisi par la fiéne, et je m'enYeloppai dans ma couYerture. J c reconnus dans mon Yoisin de droite un YOlcur, et dans mon YOisinde gauche un assassin. On les aYait ramassés en chemin, pendant notre trajet de quatre jours en wagon cellulaire depuis la prison de Noailles, à Versailles, jusqu'à Toulon. Ils causcrcnt. Bien bas, cela Ya sans dire. Je compris assez bien leur dialogue, quoique je ne connusse qu'imparfaitcment l'argot des prisons. Le voleur raconta qu'une nuit il avait forcé la porte d'une petite maison qu'il croyait inhabitcc. Muni d'une lanterne sourde, il c1wahit une chambre à coucher et aperçoit un Yicillard, étendu dans son lit, qui dormait. Il ôte ses souliers, court YCrs lui et le prend à la gorge. Le vieillard, à moitié mort de terreur, ouvre ses yeux affolés. Le Yolcur lui ordonne de se taire, sous peine d'être poignardé. Puis, il ouvre un bureau, trouve des billets de banque, de l'or et une montre qu'il met dans ses profo11des. AYant de partir, il saisit de nouYeau le vieillard à la gorge, et lui jure que s'il s'avisait de porter plainte, les copains de sa bande se chargeraient de le li11g11er. La victime ncanmoins porta plainte en donnant son signalement, et il fut condamné à vingt ans de tr:1Yaux forcés. C'était sa quatrième condam,nation. Il exprimait le vif regret de s'être montre si humain. Peu s'en fallut qu'il
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==