720 LA REVUE SOCIALISTE La théorie de Herbart s'est buttée contre l'impossibilité de trouver une mesure stricte et constante des états de conscience; Herbart lui donnait une base tout à fait arbitraire. Les expériences de Fechner et des psycho-physiologistes ont permis à la psychologie mathématique, et indirectement à la sociologie mathématique, d'obtenir une base plus positiYe. Chacun de nous compare quantitativement ses sensations : un coup de canon fait plus de bruit qu'un coup de pistole_t, la lumiére du soleil est plus vive que celle de la lune. Nous pouvons ainsi constater des inégalités, mais il nous est impossible de dire combiende fois une sensation est plus forte· ou plus faible qu'une autre. Nous ne pouvons sortir des affirmations vagues. De même, quoique nous puissions constater d'une manière géncralc que l'intensité d'une sensation croît et décroît avec l'intensité de l'excitation qui en est la cause, cependant nous sommes incapables de dire exactement quel est cc rapport et de savoir si la sensation croît comme l'excitation, ou plus lentement ou plus vite. Le sens commun est porté à admettre que la sensation croit et décroit comme l'excitation. Herbart trouve, par exemple, « que deux lumières éclairent deux fois plus qu'une seule » ( I). Cette supposition est erronée. Plusieurs expériences ingénicus~s ont prouvé ù \,Vebcr et à Fechner que l'intensité de la sensation croît, non pas proportionnellement à l'intensité de l'excitation qui la provoque, mais plus lentement qu'elle. Fechner exprime même le rapport entre ces deux phénomcnes par une formule mathématique ainsi conçue : « La sensation croît comme le logarithme de l'excitation ». Autrement dit : « l'excitation doit croître suivant une progression géométrique (telle que un, deux, quatre, huit), pour que la sensation croisse suiYant une progression arithmétique (telle que un, deux, trois, quatre, etc.). En effet, les logarithmes des nombres qui forment une progression gfométrique sont, eux-mêmes, en progression arithmétique. M. Dclbœuf, dans sa critique de la loi de Fechner, démontre que toute excitation produit ·un double effet : elle est cause de sensation et cause d'épuisement, et l'épuisement diminue la sensation. Lors d'une excitation subséquente, égale ou inégale à la précédente, clic frappe pour ainsi dire un autre individu (2). Tels sont les résultats obtenus par Fechner et Delbœuf. On peut les contester dans les details, mais une chose reste hors de doute : c'est qu'il existe une loi de dépendance entre les moyens et l'intensité (1) Wcrke, vol. VII, p. 358. (2) f.:111dpesycbopbysique, p. 2i et suivantes. M. Ddbœuf a cherché à déterminer hl formule de la fatigue ou de l'épuisement : en représentant par rl l'excitation et par m h masse de sensibilité disponible, il trouve : 111 j = K log. ---d lit -
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