La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

jI8 LA REVUE SOCIALISTE Les représentations qui ne s'arrêtent pas s'unissent et les mathématiques permettent de définir toutes les conditions de cette union. Toute cette théorie, Herbart l'applique aussi a l'État. Il trouve une analogie profonde entre l'État et l'âme humaine. Les diverses classes sociales sont analogues aux séries de représentations; les personnes qui constituent ces classes correspondent aux représentations simples. La lutte sociale entre les classes et les personnes se produit d'apres les mêmes lois que la lutte des forces psychiques dans l'âme humaine, notamment : « l'arrêt de ce qui s'oppose et l'union de cc qui ne s'oppose pas. Toute la Yic spirituelle se développe suivant ces deux principes et nous les retrouYons également dans la société » ( r) .. Il y a dans l'État une infinité d'intérêts et d'idées en lutte constante. Tout cela doit s'équilibrer pour qu'une Yolonté commune puisse se créer. Mais la même chose se produit dans l'âme de l'indiYidu: la lutte des rcprcsentations et de leurs séries aboutit finalement à une direction commune. On peut dire de chaque systbnc de forces, quel qu'il soit, qu'il tend à l'cquilibrc. De même dans l'âme, de même dans l'État. Les loi~ de la psychologie de Herbart ne sont pas déduites directement de l'idcc d'un être conscient; elles concernent plutôt tous les états de n'importe quel être, pourvu que ces états soient opposés, qu'ils s'arrêtent, que ceux qui s'arrêtent tendent a rcYenir à leur ctat primitif et que ceux qui ne sont pas arrêtés s'unissent en des resultantcs communes. Or, les forces qui agissent dans la societe sont, sans contredit, des forces psychiques. Et on peut facilement remarquer que, dans la Yie sociale, clics s'arrêtent réciproquement et s'unissent; c'est le drame uniYersel des intérêts en lutte et des alliances plus ou moins durables. L'équilibre des forces psychiques est tres instable. Nous passons facilement de la joie à la tri~tcssc. On peut en dire autant des changements de l'opinion publique, qui est, pour ainsi dire, l'âme de la société. Mais il ne faut pas penser que le nombre immense des forces psychiques qui existent, ou représentations dans l'âme, ou personnes dans l'État, soit constamment en actiYite. La psychologie nous enseigne qu'une grande masse de forces plus faibles est sujette à une quantité rcspcctiYcmcnt petite de representations dominantes, de sorte què les faibles ne Yalcnt quelque chose que quand clics s'allient aux fortes. Ainsi chacun de nous a une certaine quantite d'idecs générales, des conYictions phihsophiqucs et morales dominantes. De la même façon nous ayons toujours des supérieurs et des inferieurs dans l'État et il (1) Herb:i.rt. Wcrkc, rnl. IX, p. 206.

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