La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE BAGNE DE TOULON APRtS LA COMMUNE LE BAGNE DE TOULON APRÈS LA COMMUNE L'hécatombe de trente-cinq mille victimes, fauchées pendant la semaine sanglante, ne suffit point, on le sait, à assouvir la haine des reactionnaires féroces de l'Assemblée de Ve'rsailles. Les défenseurs de la République, dits commtt11ards, juges par des conseils de guerre peuplés de bonapartistes, tombèrent sous les balles ou furent jetés au bagne, à la déportation, au bannissement. Comme ancien forçat, je relate mon séjour à Toulon dans le rapide récit suivant. * * * Le 21 décembre 1872, vers le soir, quelques condamnés de la Commune et une chiourme de grinches et d'escarpes ent~aient dans une des salles du bagne de Toulon, éclairée par une lueur crépusculaire. On avait enchaî~é mon poignet gauche au poignet droit d'un voleur. Au début, mes yeux clignotants ne virent qu'un flamboiement où vibraient le rouge, le jaune et le vert; mes oreilles ne perçurent qu'un cliquetis de chaînes. Puis, dans la pénombre, se déroula devant moi une vaste chambrée, avec double rangée de lits de camp divisés par une cloison basse, avec double bordure de baquets à déjection. Un garde-chiourme nous commanda de nous mettre _tout nus, et nous mena deyant une cuve pleine d'une eau sale. Chacun à son tour devait s'y plonger. Cette cérémonie portait le nom de « bain de propreté ». Je fus un) des derniers forçats désignés pour se laver dans cette eau. On apporta un énorme tas de guenilles. Nous endossâmes la livrée du bagne : pantalon jaune ouvert le long des jambes, casaque

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