712 LA REVUE SOCIALISTE n'ont jamais touché un seul dividende (1), et qui, dans des circonstances particuliérement douloureuses, put venir en aide à ses concitoyens, non point par des subsides en argent, mais par des jetons de nourriture, dont la distribution sauvegardait la dignité du miséreux et écartait toute idt:c de gaspillage. La premiére de ces libéralités remonte au rigoureux hiver de 185 ~ - 54 : elle s' élcYa à I ,ooo francs. Quand elle eût été approuvée par l'assemblée générale, le principal fondateur de !'Alimentation, M. Taulier, s'écria : Voyez quelle est la puissance de l'association sagement conçue, sagement organisée !. .. Vous n'êtes pas une réunion de riches, et cependant, grâce à \'Otre communauté d'efforts, vous offrez le spectacle d'une pauvreté relati\·e secourant une autre pauvreté plus grande. N'ai-je pas le droit de dire que nous pouvons être heureux et fiers? DES MOYENS DE PROPAGA:-;DE ET DE VULGARISATION De tels résultats sont, en effet, si satisfais_ants qu'on ne peut guérc s'étonner que d'une chose : c'est de ne point voir fonctionner dans chaque ville de France une association alimentaire sur les bases de celle de Grenoble. Cc n'est pas faute que des essais aient été tentés. A Paris même, dés 1866, un groupe d'ounicrs relieurs, déjà syndiqués, sous les apparences d'une société de secours mutuels, s'occupa, sous l'active impulsion de Varlin, de constituer l'association coopérative de la J..tfnrn,ile, dont le capital social fut n'.:uni sou par sou, semaine par semaine. Il fallut ainsi deux ans pour que l'on ouvrit en 1868, rue Mazarine, le premier restaurant coopératif, bicntot suiYi de la création d'autres, rue Larrey, rue des Blancs-Manteaux, rue du Chàteau, à Plaisance-Montrouge,· rue Bcrzélius. La Afnr111ile comptait 8,000 adhérents et onze nouYcaux groupes étaient en formation, quand la guerre vint d'abord arrêter le mouvement dans son essor, puis le tuer, en immolant, par un surcroit raffiné, son promoteur, \'arlin. Cette expérience, malgré son sort tragique dû à de tragiques circonstances, démontnt la possibilité de créer un groupe viable avec un minimum de deux cents consommateurs réguliers, dépensant chacun un franc par jour. Les bénéfices prélevés variaient de 25 °/o sur l'aliment de prc- (1) A l'heure actuelk, une cent.line de mille fr.mes sont mis à la résen·c, mais au lieu de lès distribuer aux actionn.1ircs, on juge préférable de les garder, afin de parer il des élé,·ations de prix des denrées dont le contre-coup se ferai't sentir sur le prix des jetons.
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