U~E « UTOPIE » DE r8,+8 • Î I 1 C'est là cc qui valut leur inscription au martyrologe du progrès à tant d'inventeurs. C'est la ce qui rendrait peut-être infructueuse même la réalisation de ces utopies d'aujourd'hui : la mine aux mineurs, l'usine aux usiniers; car l'exploitew, cmpêch6 dès lors de di~puter au producteur sa production, prendrait sa reyanche en lui laissant celle-ci pour compte et en surélevant, d'une façon factice, par des accaparements contre lesq ucls toutes les lois les plus draconiennes sont toujours rest6es impuissantes, les denrées indispensables à l'alimentation. Il est donc dans la logique même des choses de chercher à mettre les travailleurs int~lligents et associés à même de lutter à armes égales contre les capitalistes coalisés, en les assurant tout d'abord contre la gr6Ye des conso1111;1ateurs et contre la suréléYation des prix des consommations. ,C'est cc double résultat qu'il incombe de réaliser aux sociétés coopératives de consommation, dont les membres les plus actifs, les plus dévoués et les plus influents savent parfaitement n'être que les pionniers, lancés à l'ayant-garde, pour frayer le chemin à la grande armée des coopérateurs de production, qui triomphera sùrement, malgré tout et malgré tous, dans un avenir qui n'excédera certainement pas le siècle prochain. Mais ce n'est guère qu'une minorité, déjà privilégiée, de traYailleurs en chambre qui peut bénéficier des aYantages offerts aux. sociétaires de ces républiques fédérales économiques qui sont, en réalité , la coopération. Le travailleur isol6, que ses accu pations éloignent trop de son domicile pour qu'il y puisse Yenir prendre ses repas, reste contraint de passer sous les fourches caudines d'un « marchand de soupe », dont l'exploitation est souvent si prospère qu'elle suffit à motiver, dans des cas particuliers sur lesquels nous n'insisterons pas, la création d'une sociéte capitaliste, dont les actions rapportent plus <le 20 °/o du taux. d'émission et ont plus que quintuplé de valeur! Libre à quiconque le voudra de contribuer à payer ce tribut en allant se sustenter chez ces Schylocks; nous sommes assez respectueux de la liberté de nos concitoyens pour n'y voir nul inconvénient. Mais, par contre, il nous ·semble inadmissible qu'une sôciété prétendue ·civilisée restreigne la liberté du consommateur à se faire exploiter par Eierre ou par Paul ou à souffrir la faim. La vraie liberté, à notre humble avis, consisterait à pouvoir manger sans être exploité par personne et sans autre souci que celui de faire profiter des miettes <lesa table plus malheureux que soi. • Ce but a été, dans une assez satisfaisante mesure, réalisé par l'Association alimentaire de la ville de Grenoble, dont les sociétaires •
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