LA REVUE SOCIALISTE Pres des massifs, les enfants des riches, vêtus de coûteuses· étoffes, jouent à travailler. Armés de pelles minuscules, attelés a de coquettes charrettes, ils font' des montagnes de sable et charrient des cail\oux. • En rond, les mercs et les filles s'allongent et ~aYardent. Ininterrompu, un bruit de paroles vaines. Les nourrices, grasses et luisantes, se prélassent. Les larges rubans aux couleurs violeµtcs ondulent au vent. Pendant une accalmie du flot grondant s'élève la voix aigre de Guignol et des rires aigus fusent aux coups de bâton de Polichinelle. Un monsieur chic, les talons sur le barreau de sa chaise, les genoux ramenés au menton, mordille la pomme de sa canne et se dégèle, l' œil vif. La sève du renouveau frémit dans les germes, troublante. Les bourgeons s'ouvrent, en extase, vers la lumière. Dans les fibres, des frissons de vie. La première joie du spectacle éteinte, le besoin de gestes et de cris tapageurs s'apaise, et, la poitrine chaude d'une trcs douce chaleur, l'enfant sent poindre en son être qui tressaille de vagues espoirs. Dans cette atmosphère imprégnée de luxe, sa chair meurtrie au travail s'alanguit, et sa songerie ébauche dans un calme décor l'idylle d'une existence tranquille ou il y aura moins de peine et tous les jours à manger. A phrases ardentes, devant la mcre-grand, il édifie son rêve : « M'man, vois-tu, nous serons riches nous aussi; le patron m'augmentera à Pâques. )) • Et il dit la vie nouvelle exempte des inquiétudes d'argent, des insomnieuses inquictud'cs du terme et de la note du boulanger. Enfin, quand on aura bien tranillé, on pourra manger son saoûl et rigoler ensemble les dimanches. On ne sera plus obligé de se serrer le ventre et d'être encore en retard a la fin du mois. Et il allège le fardeau qui pcsc sur clic, la vieille. Elle ne fera plus de ménages; c'c,t éreintant à son âge. Et puis, laver, non, elle en est ployée .en deux, quand die rapporte son linge mouillé. Elle restera a la maison. - Nous serons joliment heureux! Et elle, la vieille, grise un peu des sèves qui montent, se laisse doucement aller a l'espérance. A ses oreilles chantent des phrases. jadis entendues quand elle suivait son homme aux réunions. On disait que tout le monde serait heureux, que ça ne serait pas toujours les mêmes qui travailleraient sans rien manger et les mêmes qui ne feraient rien en mangeant bien. Elle croyait p;:r cc soir charmeur que le règne prédit allait arriver et doucement, doucement griscc, elle souriait à l'avenir.
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