LA REVUE SOCIALISTE lui apporte. Une autre, le bras levé, récite des strophes : les autres <':coutent. A droite, une femme écrit, deux jeunes enfants coupent des branches de laurier. Deux femmes, à gauche, semblent venir lentement, s'arrêter à chaque pas. Une aÙtrc est étendue au bord de l'eau, une autre encore est assise au pied d'un arbre. Deux muses, drapées de longues robes, couronnées de feuillages, tombent du ciel, comme les anges de l'Apparilion. Et c'est tout. Nulle action prccise, nulle occupation définie. Ces figures dont le geste et la marche sont une cadence, dont la physionomie dit le repos que rien ne peut troubler, apparaissent, dans cc bois délicieux, éomme des visions de rêve. Elles sont réelles pourtant, comme les idées qui ont régné dans le monde, et qui ne meurent pas, qui vont se transformant à chaque étape nom'ellc de l'humanité. Puvis de Chavannes marque ce double caractérc" de rêYe matériel et de réalité spirituelle du monde des idées qu'il évoque en quelques lignes sommaires remplies par des couleurs pâlies. L'effort cérébral et l'effort de peindre se combinent. Les femmes qui ·habitent le Bois sacré sont i la fois des formes vivantes et des représentations philosophiques, où toute la noblesse Je types supérieurs est exprimée par l'harmonie des allures, par le repos des corps. Les abréYiations Youlues par l'artiste ne sont pas des erreurs de dessinateur, mais des sacrifices volontaires et nécessai_rcs. Il n'y avait rien à préciser des corps et <les vêtements de ces nobles filles qui ne vivent que dans nos imaginations. De grandes lignes enveloppantes, de justes et légeres indications de modelé, tous les détails rejetés, les cheveux et les chairs indiqués par Jes .nuances éteintes, et voilà qu'elles se dressent devant nous dans leur grâce et leur fierté. Le paysage est, lui aussi, vague et viYant :'t la fois, fugitif et pourtant fixé pour toujours. Il est fait de deux tons principaux, l'un bleu, le bleu profond des arqres massés au fond, l'autre jaune, le j✓.tunc doré de l'eau, sur laquelle glisse la lumière finissante de ce beau jour. Et ce ton bleu,· et cc ton doré, s'adoucissant, se fondant, colorent toutes choses, créent une lumière pure, un air transparent, où l:t silhouette de chaque· objet, le mouvement de chaque être, apparaissent dans la plus extraordinaire et la plus exacte perspective. Et quelle base solide a été construite par le peintre, pour établir sa conception ! Le sol couvert d'une herbe d'un vert pf1le, piquée de fleurettes, peut être parcouru dans tous les sens. On peut tourner autour de tous les arbres, passer derrière tous les massifs. Le rêveur, par quelques tons, par quelques ombres, a délimité le terrain avec la certitude d'un géomctre.: C'est sur la terre ~ue nou_shabitons, dans un paysage de toujours, que surgissent paisiblement, par ces corps et ces visages de femmes vivantes, les conceptions harmonieuses de !:esprit humain.
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