PUVIS DE CHAVANNES leurs efforts, de toutes leurs découve1:tes, quel est cet artiste, compliqué, sceptique, ondoyant et divers, qui va s'abstraire de son temps, remonter les âges, et entreprendre cette tâche de nous raconter, non pas même l'homme primitif, qui a laissé des traces de son passage, mais l'homme qui n'a jamais 'existé, l'homme créé par le cerveau de l'homme, l'homme idéal, né de la pensée, et vivant comme elle et par elle. C'est là un labeur, cérébral autant que pictural, pour lequel il faudra un esprit à la fois savant ~t naïf, sachant mêler les harmonies de couleurs qui sont le résultat de siècles de peinture, a la lumière permanente et universelle. Beaucoup s'essayent à cet art qui demande un dégagement presque absolu des formules apprises, des habiletés de métier: peu réussissent. C'est rarement la déesse, le dieu, le symbole, l'homme primitif, qui apparaissent sur les toiles ou l'homme a prétendu les représenter: c'est le modèle, c'est le coin d'atelier décoré pour la circonstance, et il nous est impossible de figurer par eux le rêve pastoral ou héroïque évoque par notre esprit. L'art a pour point de départ la réalité, mais la réalité qui nous entoure, ou la réalité inventée par l'artiste, ne peuvent intervenir que d'une certaine manière dans la représentation de la légende et de l'histoire qui confine à la légende. Les êtres et les choses. qui vivent dans l'éloignement du te1pps ne _peuvent pas être exprimés. comme les êtres vivant près de nous et les choses qui nous affectent directement. Il faut revivre la vie qui animait les hommes d'autrefois. Cette vie, peut-on la faire poser devant soi, l'arranger à sa guise an milieu d'accessoires en trompe-l'œil ? Quel dessin, quelle couleur conviennent, au contraire, à ces commentaires métaphysiques de l'existenc_ede l'humanité ? • Il se trouve que, très souvent, l'œuvre de Puvis de Chavannes a répondu, avec autorité, avec clarté, à la question ainsi posée. Allez, par exemple, vous, habitants de Paris, au plus près, à la Sorbonne. Restez quelque temps devant le Bois sacré, cher aux a.rtset aux muses, et peut-être la démonstration se fera-t-elle. Que voyez-vous ? Le paysage est a la fois immense et familier: une clairière douce à la prom_enade, coupée par une rivière - une clôture de bois impénétrables pour horizon - des arbres isolés qui ont poussé droit et haut - au centre, un temple, ou plutôt un fragment d'ar_chitecture,. un portique de marbre soutenu par quatre colonnes. C'est là que les muses ont élu asile, c'est là q_u'elles chantent la poésie et qu'elles rythment la-musique, assises sur l'herbe fleurie, ou marchant doucement à l'ombre. Cii:iqfemmes sont au centre de la composition : deux d'entre elles drapées de la robe aux larges ffeis, les trois autres nues jusqu'à la ceinture. L'une est assise et reçoit les fleurs qu'un enfan~
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