RÉFORMES AGRAIRES Tout le monde est d'accord pour vouloir extirper de la société le parasitisme administratif qui jouit du privilége de la fainéantise et qui, dans la plupart des cas, ne remplit nulle fonction vraiment utile. Dans la lumineuse préface du deuxième volume du Socialùme intégral, Benoit Malon, fidéle interprète de la pensée unanime de tous les socialistes sans distinction d'école, s'écrie à propos des fonctionnaires • de l'État actuel : « Le premier article de notre programme comporte l'épuration de cette tourbe paresseuse et gaspilleuse, Yéritable stratification de sinécuraires laissés h't par tous les régimes, et à laquelle chaque ministre ajoute une couche ·nouYcllc ». Que· les paysans ne s'alarment pas des menaces de nouvelle chaîne forgée par le socialisme, « dont l'avenement établirait une rigoureuse surveillance du travail en commun sous la direction et k contrôle 'd'une armée de fonctionnaires ! » ( I). La surYeillancc trop rigoureuse dont le socialisme ne songe même pas à menacer les paysans s'exerce infatigable dans les ateliers où le capitalisme entretient à sa façon la liberté du travail, oü les employeurs et leurs contre-maîtres, armés par des règlements séYéres, tiennent sous le joug d'un véritable esclaYage tous les employés et tous les ouvriers qui, travaillant surtout au profit d'autrui, doiYent être aiguillonnés à toute heure pour produire vite et bien. Les paysans, pour cultiYcr leurs ter~cs dont les produits leur appartiendraient intégralement, n'auraient pas besoin d'avoir sur le dos des gardes-chiourmes les forçant i remplir en conscience les devoirs <le leur fonction sociale. Ils arrosent aujourd'hui de leurs sueurs le champ dont le produit va en majeure partie A un propriétaire que souvent ils n'ont jamais YU. Ils se contentent du salaire le plus maigre. Ils se désespèrent d'avoir :\ quitter les villages oü ils ne gagnent plus de quoi se nourrir. Comment les paysans pourraient-ils se plaindre d'un changement qui adoucirait, en les régularisant, les tra\'aux des saisons et qui leur garantirait la possession et la jouissance de tous les produits récoltés en commun ? Certains de tirer du sol le plus ingrat une quantité largement suffisante de subsistance, les paysans ne connaîtraient-ils pas enfin le bonheur? Ils n'auraient plus de maître. Ils n'auraient que des chefs soumis i l'élection. Ils ne reconnaîtraient d'autres supériorités que celles du mérite, du savoir et de l'expérience. Comme ils riraient de l'épouYantail de leur propre paresse, si les laborieux paysans pouYaicnt se douter qu'on les suppose capables de (1) De la liberlé politique d1111s l'État moderne, par Arthur Desjardins, membre d.: l'Institut.
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