LA REVUE SOCIALISTE Incas, qui dirigeait et réglait le traYail agricole et industriel de tous les habitants d'un pays immense ou le sol arable était divisé par portions _équivalentes entre les cultiYatcurs. Observons, néanmoins, que cet allotisscmcnt égalitaire et cette organisation centralisée préservaient absolument le peuple péruYicn de l'insécurité du lendemain. Il ne s'agit pas d'instaurer chez nous les mœurs des familles associées de l'Inde brahmanique ou la propr.iété particulic':rc de la maison avec un champ, un jardin et une piécc d'eau se combine encore de nos jours avec la culture en commun et le partage fraternel des fruits et des moissons. Mais faisons quelques observations : dans l'Inde, le sol ne se mobilise pas comme une marchandise ; malgré l'intrusion des lois anglaises, les actes sauvages de la saisie et de la vente de~ parcelles de terre pour obliger un tenancier à s'acquitter de ses dettes y sont choses à peu près inconnues; la conception de la propriété foncil'.:rc selon le droit romain n'a pas encore oblitéré le jugement d'un philosophe hindou. Les aryens d'Asie ne veulent et ne peuvent comprendre que la communauté des efforts de tout un village pour la bonne exécution des travaux. agricoles. Il n'est pas question de transplanter, en Europe, les institutions de la Chine, ou subsiste l'antique allotcment familial du sol avec !'inaliénabilité et l'incessibilité de la portion sacrée qui renferme le tombeau des ancêtres. Notons, cependant, quelques particularités : dans cette énorme population de quatre cent millions d'individus, les travaux agricoles s'ex.ccutcnt de concert entre parents et voisins; nul ménage ne vit isolé; les habitants du même hameau et du même Yillagc se prêtent aide et assistance en toute oçcasion; chacun se sert à son tour du moulin, de la ,,aria ou des buffles appartenant à la communauté; les coutumes fondées sur le culte de la famille s'opposent avec cfficacitc a:.i morcellement infinitésimal des petits domaines. Il n'est pas question J.c décalLJUCr, trait pour trait, la Dessa javanaise oü la propriété familiale, représentée par la maison d'habitation, se trouve maintenue a côté des grands domaines cultivés, irrigués et exploités à frais communs. Mais il est intéressant de relever encore là plusieurs faits dignes de remarque : nul propriétaire n'a le droit de dénaturer l'habitation et l'enclos dont l'usufruit lui a étc accordé sous la réscryc de remplir les conditions dictées pour le bien général de h communauté; pour prendre possession d'un hcritagc, il faut habiter la Dessa et accepter les charges imposées par la commune et par l'État; nul ne peut y posscder deux héritages; le cumul des propriétés personnelles est interdit ; le domaine commun du village est inaliénable, sa conservation intégrale étant considérée d'intérêt public; les populations indigénes sont restées incapables de concevoir un autre régime de propriété. L'administration hollandaise a eu le bon sens de
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