La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

' RÈFOR~!ES AGRAIRES vallée dont la culture fournit les moyens de subsistance i des milliers de familles. Tel est le droit extrême, d'aprc.;s la lettre des principes de 1789, et l'État n'a qu'a s'incliner devant le bon plaisir d'un indiYidu capable de pareil crime social. Remarquez que cet abus monstrueux du droit de propriété se commet journellement dans des proportions plus ou moins grandes, sans que le moindre remords trouble la conscience du propriétaire qui a la conviction de faire simplement usage d'un droit naturel. En Angleterre, par exemple, où la rérnlution au profit des riches s'est faite cent ans avant la RéYolution française et où l'absorption des petites propriétés par les grandes est beaucoup plus aYancée que partout ailleurs, la moitié des territoires des comtés de l'Angleterre proprement dite appartient a cent cinquante individus, et la moitié des territoires de l'Écosse apparticnt à dix ou douze personnes. Pour satisfaire leurs fantaisies de nnité, les millionnaires anglais n'hésitent pas a faire expulser les tenanciers du sol i l'expiration des baux de fermage, a détruire les habitations humaines et i disposer de la terre pour y étaler avec ostentation les plus somptueuses tueries de gibier. En France, les choses ne \"Ont pas encore aussi ,·itc : les lois successorales contrarient le mouYemcnt d'absorption indiYiducllc. Cela n'empêche pas la grande propriété de se développer quand même à vue d'œil en maints endroits. D'aprcs les dcrniércs statistiques, douze millions d'hectares, c'cst-i-dirc le quart cnYiron des terres soumises à l'impôt, appartiennent i dix-neuf mille propriétaires commettant a peu près les mêmes abus qui affament les populations agricoles de la Grande-Bretagne et de l'Irlande et les rejettent en masse vers les centres industriels et les colonies <l'outre-mer. On n'a qu'à se promener a tra\"ers les communes de la grande banlieue parisienne pour constater les progrès continus de la propriété réservée aux plaisirs de la richesse oisive. Dans tous les sens, se développent sans fin les murs des parcs, les sauts de loup, les treillages de fer des chasses gardées. Que deYicnnent les Yillageois au milieu de ces grandes propriétés jalouses dont personne ne profite sérieusement, pas même le propriétaire? Qui donc s'inquiète de l'avenir des paysans expropriés? Dans les vastes espaces, légalement acquis pour y faire flcm-ir la suzeraineté des seigneurs modernes, les ouvriers agricoles n'ont d'autre refuge, pour respirer librement, que les routes entre des murs et des fossés infranchissables. Dans beaucoup de communes de la République, tout autour de propriétés immenses aux longues allees ombreuses et aux larges pelouses Yertes entretenues pour la jouissance d'un seul indiYidu qui n'y passera ~auvent que quelques semaines à la belle saison, il y a des centaines de paysans attachés la, toute l'année, qui

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==