LA REVUE SOCIALISTE ties par la Constitution, étaient persuadés qu'ils a,,aient affranchi absolument les citoyens par l'affranch[ssement absolu de la propriété. En ce qui touche la propriété rurale, le mouvement révolutionnaire du siécle dernier eut pour résultat l'assimilation des biens fonciers aux valeurs mobilieres dont quelques-unes peuvent être accaparées, sans que leurs possesseurs soient assujettis à l'impot. Le droit d'user et d'abuser de la chose possédée fut considéré par les inspirateurs de la Révolution française comme le plus légitime et le plus sacré des droits. Les codes modernes ont été conçus et rédigés pour garantir la libre disposition et la réguliere transmission de la propriété définie scion la formule romaine. Les révolutionnaires exaltés qui voulaient briser les castes, fondre les classes, détruire les privilèges, effacer les frontieres entre tous les hommes sans distinction de races et de croyances religieuses, avaient compté cvidcmment sans les applications scientifiques de la vapeur et de l'électricité qui sont venues modifier les conditions économiques de l'existençe des travailleurs. N'est-ce donc pas calomnier la mémoire et trahir les intentions des hommes de 89, quand on fait de leur œunc subYersiYe l'objet d'un culte pour sanctifier la conscrYation d'une aristocratie financière plus riche et plus . puissante que l'ancienne noblesse, à coté d'tll'lc masse de prolétaires condamnés par leur naissance à vivre dans une situation plus misérable et plus précaire que les serfs autrefois attachés à la glébe? Quelles ont été en réalité les conséquences des lois forgées au souffle de la Révolution pour garantir à chacun la liberté et la sécurité personnelle, par la ctnccssion sans frein et sans limite du droit de propriété? Pour ne pas égarer la discussion, la réponse à cette question deua se borner à l'examen des faits qui concernent la tenure du sol. Il ne s'agit ici que de réformes agraires possibles et réalisables. * * * NUISANCES DES GRA~DES PROPRIÉTÉS AGRICOLES PERSO~NELLES Pourvu que l'impot de chaque parcelle soit payé, la puissance publique ferme les yeux sur les actes des détenteurs du sol. L'État commet une graYe imprudence. Ainsi se sont constituées des propriétés démesurément grandes ou infiniment petites, dans les limites desquelles chaque propriétaire se croit souyerain absolu; il peut, si cela lui plait, détruire son bien. Un homme, assez riche pour se payer la fantaisie d'exproprier des villages, peut en faire raser les maisons, en disperser les habitants et changer en landes désertes les champs et les prairies de toute une
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