La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LES CONDITIONS DE L'EXISTE~CE OUVRIÈRE pas une transformation soudaine de Paris), à côté des Yoics nouYellcs, comme l'ayenue de la République, par exemple, la rue Manin et quelques autres, ont subsiste les ruelles insalubres, comme les nombreux passages qui aboutissent au faubourg du Temple et à la rue de BelleYille, ou certaines rues que l'immigration a dotces de Yéritables casernes, plus horribles encore que les habitations auxquelles elles ont succedé. Enfin, plusieurs quartiers, La Villette, la Goutte-d'Or et Montmartre, pour ne citer que ceux-Li, n'ont eu aucune part à la sollicitude de l'édilité parisienne et conserYent kur aspect sordide. De sorte qu'il existe à l'est et au nord de Paris une foule de rues, étroites et noires, d'où s'clèvent toutes les pestilences, de passages où l'air se charge d'absorber les eaux corrompues, et, par surcroît, d'usines dangereuses ( r). Entrez maintenant dans la moins repoussante des maisons qui bordent ces Yoics. Vous êtes tout d'abord suffoque par l'odeur pénétrante qui se dcgagc des latrines, placccs au milieu de chaque étage, toujours ouYcrtes, rarement nettoyees et qui serYent chacune à dix ou quinze personnes. L'escalier, large de quatrc-Yingt à q'Uatre-vingt-dix centimctres, ressemble à un boyau et l'obscurité y est profonde, même au milieu du jour. Montez encore. A mesure que Yous Yous rapproche<: de l'étage supérieur, un relent plus nauséabond Yous étreint la gorge et Yous soulève le cœur: c'est le parfum des plombs, placés comme les latrines, en bordure de l'escalier. Ouncz enfin l'une de ces portes· et pcnctrcz dans l'antre. Il vous semble d'abord que YOUSallez heurter le plafond de la tête; la pénombre triste et sale des ciels d'hiver règne en toute saison dans cette demeure, l'air y est lourd et méphitique, et, par la fenêtre, entrent l'cté les émanations du ruisseau. C'est le domicile du travailleur. « Il est impossible, a dit Baudelaire, de ne pas être touché du spectacle de cette multitude maladive, respirant la poussière des ateiers, avalant du coton, s'imprégnant de céruse et de tous les poisons nécessaires à la création• des chefs-d'œuue, dormant dans la vermine au fond des quartiers oü les vertus les plus humbles et les plus grandes nichent à côté des vices les plus endurcis et des vomissements du bagne; de cette multitude languissante et soupirante, à qui la terre doit ses merveilles, qui sent un sang vermeil et impétueux circuler dans ses veines, et qui jette un long regard de tristesse sur le soleil et l'ombre des grands parcs i>. (1) M. A. Gauthier a fait remarquer à l'Académie de médecine (20 mars 1894), que l'oxyde de carbone, dont la densité (0.97) est bien voisine de celle de l'air, s'échappe en grandes quantités des cheminées des usines destinées il la production de la force, et, en se mélangeant il l'acide carbomque, tombe dans l'atmosphère des rues où l'analyse découvre sa présence, parfois dans la proportion da11gereuse de 1 pour 100.

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