La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

660 LA REVUE SOCIALISTE Si le commerce, il est juste de le dire, ne dc'.:bite qu'exceptionnellement des denrées semblables au poisson découvert par M. Cardane, il n'en est pas moins ·uai que les produits destinés aux petites bourses sont généralement de qualitc'.:tres mc'.:diocre, et parfois soumis à des fraudes pernicieuses pour la santé des consorn:":::~:.::·:. Considérons le lait. Celui du commerce en gros, recueilli par des laitiers en gros et dc'.:bitépar les crémiers le le11de111ai11 de la traite, passe au moins par trois mains, est transYasé plusieurs fois et conservé grâce à l'adjonction de div:crses substances parmi lesquelles le bi-carbonatc de soude (1 gramme ou I gr. 50 par litre) tient la première place. Ce produit forme dans l'estomac des enfants un lactate de soude qui fayorise singuliércment, s'il ne les engendre, les troubles digestifs. Le lait est, en outre, écrémé et additionné d'eau, les deux fraudes se dissimulant l'une l'autre. Le docteur Guillermet assure que, pour arnir à Paris du lait com·enable, il faut le payer o fr. 70 à I franc le litre, et que celui qu'on paie o fr. 30 est un aliment à la fois incomplet et malsain. Connaît-on les produits qui entrent dans la composition du Yin dit de raisins frais? Beaucoup d'alcool allemand et d'eau, bien peu de jus de raisin, et pourtant le litre de cette mixture se Ycnd le plus souvent o fr. 70. Un grand Yiticulteur du Bordelais, le comte de La\'crgne, dit un jour, dans une réunion publique, qu'il n'ayait jamais cté vendu autant de Yin de Bordeaux que pendant la période dccennale ou l'oïdium stérilisa lé Yignoble de cette région. Quant au Yin dit de raisins secs, qu'il soit destine'.: à la consommation directe ou aux èoupages, il est lui-même l'objet d'inconccnbles falsifications, et fait le plus som·cnt de poires, de pommes, de prunelles desséchées mises macérer aYec de la glucose dans de l'eau, qu'on additionne d'acide salyciliq uc pour empêcher la fermentation ( 1). Et l' ou nier paie sur les boissons douze à quinze fois plus d'impôts que le riche (2). Pendant l'année 1892, il a été opéré dans les boucheries hippophagiques de Paris 1,637 saisies, portant sur 292,499 kilogrammes de Yiandc, pour des maladies telles que la morYe, le farcin, l'hydrohémie. Si l'on rapproche cc chiffre du total des achats faits par la boucherie hippophagique (4, I 50,000 kilogrammes), on trou,·e qu'il a été introduit plus de 70 kilogrammes pour 1,000 de ùandes malsaines. On (r) Rapports du professeur Pouchet et du docteur Dubrisay au Comité consultatif d'hygiène. -D~s l'imposition des raisins secs, les fabricants ont eu l'idée de faire du vin aYec des figues et des dattes. La liqueur ainsi obtenue était anodine et inoffensiYç. Mais pour lui donner plus de « ton n, ces industriels l'additionnèrent d'acide sulfurique, obtenant un liquide pctill:rnt, <le sn·eur un peu :i.cre, qu'ils vendaient comme vin blanc d'Algérie. Deux fabriques clandestines de ce breuYagc ont été réccmmeiit découvertes dans le quartier de Belleville (Petit Parisien, 6 novembre 1894). (2) Leroy-Beaulieu, Traite des fi11a11ces.

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