La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE~ CON'DITIO!JS DE L'EXISTENCE OvVRIÉRE E11cbérisse111ednet l'ali111e11/alio11. - AYant d'examiner les conséquences produites par l'enchérissement des denrées alimentaires et des loyers, il co1wient sans doute d'établir par des preuYes certaines les observations générales que nous Yenons de prcsenter. Si, en effet, le commun peuple, se fondant sur une expérience personnelle, affirme que le salaire, bien que légèrement supérieur a ce qu'il était il y a trente ans, est devenu de beaucoup inférieur a la moyenne générale du prix de l'existence, l'économie politique officielle assure que le sort des classes pam-res Ya toujours s'améliorant et predit au peuple, comme complément de l'émancipation politique de 1789, une émancipation économique trés prochaine. Les adversaires pourraient donc disputer pendant des siécles, sans aboutir qu'a de stériles débats, si les chiffres, qui, eux, ne souffrent pas la contradiction, ne venaient témoigner en fayeur de la plus pessimiste de ces opinions. I. -- Bien que le pain, comme l'a fait remarquer Audiganne (1), ne fournisse pas sur la progression des cours des indications égales en . importance à son rôle quotidien dans la Yie des populations, consacrons lui tout d'abord notre attention. Si, avant 1823, il n'est point l'objet d'une taxation régulière, a partir de cette époque on connaît exactement sa valeur. Ainsi, le pain blanc de première qualité Yaut: Du 1er juillet 1823 au 30 juin 1833, les 4 Ii,·res o fr. 69 1833 18-1-3 o fr. 63 18-1-3 1853 0 fr. 69 1853 185.j. 0 fr. 72 La moyenne générale pendant cette période est de o fr. 3440 le kilogramme, soit un peu plus de o fr. 68 les quatre lines (2). De 185 5 a 1892, cette moyenne subit une hausse sensible, car, a cette dernière date, l'éYaluation officieuse est de o fr. 3583 à o fr. 3608. Enfin, en 1894, le pain vaut 0.75 et, dans certains quartiers de Paris, 0.80. Or, que produit à l'égard de la consommation générale la différence de 3 centimes existant entre le prix de 1892 et celui de 1894? Pour la Pa~is auraient dù comprendre combien leur opposition à la construction d'un chemin de fer métropolitain est nuisible aux intérêts de ceux qui les ont élus. » C'est là commettre la plus grosse erreur. La construction du Métropolitain, en effet, ne peut être que funeste à la population ouvrière, car elle aura pour conséquence, avec l'aération des faubourgs et la substitution inéYitable de vastes appartements aux modestes logis actuels, d'élever encore le prix des loyers et de repousser jusque dans la banlieue les ouvriers qui habitent l'intérieur. Sur leur ancien domaine viendront s'établir les demi-bourgeois, chassés eux-mêmes du centre par les riches propriétaires et le haut commerce. Et, comme tout mal en produit fatalement un pire, l'enchérissement des loyers, en éloignant l'ouvrier de l'usine ou de la fabrique, lui imposera un budget des transports qu'il n'a pas actuellement. (1) Loc. cil., p. li2· (2) Armand Husson, Les Co11so111111ntio11s de Paris, p. 122. - Guillaumin, édit., 1854.

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