LA REVUE SOCIALISTE à l'éternelle perdition. » La nature de la destinée promise par Jésus n'est pas clairement déterminée en cc qui touche la perdition éternelle. Dans l'imagination populaire une idée de châtiment s'était jointe aux croyances concernant la résurrection et le jugement. Mais il est douteux, estime M. Renou- ,·ier, que le Christ ait enseigné positivement « la prolongation du régne de la douleur et du mal par ordre divin ». C'est en un sens métaphorique qu'il a parlé de la Géhenne, des ténèbres extérieures où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Par perdition éternelle il faut entendre « la mort en tant que condition de ceux qui rejettent la vie céleste ». Jésus serait donc un des premiers représentants de la doctrine de l'immortalité conditionnelle. Quand on tient compte de son pessimisme à l'égard du monde, de sa croyance à la proximité du dernier jour et du jugement universel et à l'imminence du sacrifice du fils de l'homme, la morale de Jésus devient claire et précise. Telle maxime, dont la pratique serait dangereuse dans une société qui veut viYre, s'explique suffisamment dans des temps d'épreuve et d'attente. C'est parce qu'on a considéré cette doctrine comme destinée à régir le monde, à devenir la régie de conduite des princes et des sujets, que le christianisme a été, avec les èv<'.:ques,un instrument de domination temporelle et a co.nlmis « l'abominable contre-sens de faire régner la loi d'amour par la contrainte et de sall\·egardcr la foi par les supplices. » Nous n'avons pu qu'indiquer les idées essentielles de cette longue étude. En concluant, M. Renom·ier montre comment le christianisme primitif a été altéré après Paul et le premier siècle et comment on a passé « d'une foi révélée en dehors de toute attaclle temporelle à la fondation d'une église aspirant à la puissance politique », laquelle église « a fait payer cher à la civilisation les services qu'elle lui a rendus. » II. L'étude de M. Dauriac (Dit'II selon le 11éo-criticis111e) est une réponse à M. Secrétan, professeur à l'Université de Lausanne. Elle est écrite avec cette élégance qui donne tant de prix aux moindres articles de ce brillant dialecticien, qui sait grouper tant d'idées en si peu de mots si bien choisis. M. Dauriac est décidément le seul de cette école sévère qui daigne sacrifier aux grâces. Soyez assuré que la subtilité ... scolastique ne perd pas ses droits dans cette révision du procès qu'a fait M. Secrétan du criticisme spéculatif. L'illustre professeur de Lausanne reproche à M. Renouvier de nier la métaphysique et d'essayer « de ressaisir en dehors d'elle les vérités que, depuis les origines de la philosophie, les métaphysiciens seuls avaient accoutumé de dévoiler ». Il estime qu'il y a contradiction à rester phénoméniste et à prétendre s'élever jusqu'au théisme. Il adjure maître et disciples de compléter leur doctrine par une métaphysique, et une métaphysique, non pas critique, mais positive, en un mot de dépasser le kantisme au lieu de le découronner, comme ils le font en supprimant le noumène, la chose en soi. M. Dauriac défend la doctrine qui lui est chére du reproche qu'on lui fait de se contredire ; il essaie de montrer que le dieu du théisme spéculatif n'est pas si différent qu'il le semble du dieu du néo-criticisme ; il s'efforce enfin d'établir que l'existence de Dieu ne saurait être l'objet d'u·n jugement assertorique et qu'elle demeure un objet de croyance, de foi, ou, si l'on veut, de pari. Ces ,·ingt-quatre pages ne sont pas de celles qu'on analyse.
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