La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUE DES LIVRES Le rationalisme a rencontré depuis un siècle des contradicteurs d'une force peu commune. Mais peut-être les uns et les autres parlent-ils souYent pour ne rien dire (M. Dauriac a prévenu la critique) et prennent-ils la paille des mots pour le grain des choses. Nous nous rangeons bien à l'm·is des néo-kantiens, quand il est question de reconnaître l'impuissance de la raison pure à franchir les bornes de l'expérience possible. Mais les idées que la raison pure ne peut poser peuYent-elles être rétablies comme postulats d'une raison pratique? Par les temps de crise que traverse la morale, d'aucuns diront qu'il est louable de l'affirmer. D'autres objecteront humblement que la preuYe n'est pas encore faite. Ill. M. Pillon donne la suite d'une étude sur l'érnlution hist0rique de l'idéalisme. li distinguait, au point de rnc logique comme au point de rne chronologique, trois périodes de cette évolutio.n : la premit'.'re allant de Démocrite à Locke inclusivement; la seconde de Bayle et Leibniz à Kant, en passant par Berkeley, Collier et Hume; la troisième de Kant à nos jours (l'A1111dt• • philosophique, 3c année). La pn:mit'.'re période a fait l'objet du travail paru l'an dernier. L'article de cette année est comme une préface ù l'histoire de l'id.'.:alisme dans la seconde période, c'est-à-dire au dix-huitieme siècle. A cette époque, l'idéalisme nie radicalement la substance .'.:tendue, la matiC::re. i\Iais il n'est pas né spontanément. Il a sa source dans des ouvrages de la fin du si.'.:cle précédent. Il procède directement de Malebranche et de Bayle. C'est de Malebranche et de ses critiques que nous entretient M. Pillon. En considérant Malebranche comme le premier pi.:rc de l'idéalisme au dix-huitième sit'.'cle, il se prononce contre l'opinion longtemps accréditée qu_i présentait Berkeley, Collier et Hume comme les protagonistes de la doctrine. Or, si Berkeley, Collier et Hume ont, les premiers, exposé un systi.:me d'idéalisme absolu, ils sont redevables ù Malebranche des principaux arguments qu'ils produisent; c'est Malebranche qui a porté les premiers coups, et les plus décisifs, au préjugé réaliste qui, de Démocrite à Descartes, en passant par les scolastiques, aYait acquis « la triple force d'une idole de tribu, d'une idole de forum et d'une idole de thé,ître ». Cc qui fait l'intérêt de l'étude de M. Pillon, c'est que la doctrine de Malebranche y est exposée d'une manii.:re critique ; elle est analysée dans ses rapports avec Platon, saint Augustin et Descartes; précisée contre les objections d'Arnauld et des réalistes postérieurs; justifiée, autant que possible, du ·reproche d'illogisme, etc. \'oici les conclusions qu'on peut dégager de cet article, si documenté et si fécond en rapprochements nouveaux : La doctrine malebranchistc de l'étendue intelligible, distincte de l'étendue matérielle, qui n'est intelligible que par son idée, c'est-à-dire par cette étendue intelligible que Dï°eu représente à l'esprit eè lui rend sensible par les di\·erses sensations (couleurs, odeurs, etc.), qui ne sont que des modifications de son être - cette doctrine, tirée par Malebranche de la théologie augustinienne et introduite dans la cosmologie réaliste de Descartes, a détruit l'obstacle qui b~rrait la voie à l'immaté~ialisme d'un Berkeley. D'autre part, la distinction en Dieu des idées de grandeur et des idées de perfectioi:i, en d'autres tern_1es 1 la division des principes de la raison en princi-

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