La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUE DES LIVRES A moins d'accuser le Christ d'imposture, celui qui nie catégoriquement le miracle ne trouve à la seconde question qu'une réponse plausible. Jésus a pu se reconnaître un pouvoir de guérisseur, admettre certaines guérisons auxquelles tout le monde croyait, dont il y avait eu déjà des exemples ou des apparences, et les expliquer comme surnaturelles, alors qu'elles n'avaient rien de plus miraculeux que les faits de suggestion et d'hypnotisme. Mais la recommandation du silence faite par lui au miraculé ou aux assistants, son refus positif, en maintes circonstances, de donner des signes de sa mission céleste, la conscience qu'il avait de son infirmité de fils d'homme et de messie souffrant pour racheter le monde servent de texte à M. Renouvier pour conclure qu'il ne s'attribuait pas d'autre pouvoir que celui d'agir au nom de Dieu sur les âmes. La difficulté que soulhe le message à Jean le baptiseur est tranch<'.:c,si l'on considère qu'il n'est pas cité dans le second Évangile et ensuite qu'il est loisible de l'interpréter dans un sens m<'.:taphorique et moral ou de supposer qu'on a forcé les traits du discours mis dans la bouche de Jésus. En résumé, on doit considérer comme de « pures créations de la légende» les actes qui sont un renversement des lois physiques : commander à la tempête, marcher sur les eaux, ressusciter les morts, etc. Il n'est pas douteux qu_e, sans prétendre faire des miracles, Jésus se soit pris pour une personne surnaturelle. Il a pu croire à sa préexistence d'ordre divin. Il a cru à sa résurrection. Il est peu probable qu'il ait cru qu'il ressusciterait le troisième jour, et sans doute le nombre déterminé a été employé par lui pour un nombre indéterminé, comme dans plusieurs autres circonstances ; mais l'accord des trois synoptiques, que n'infirme pas l'interprétation métaphorique du quatrième Evangile, le fait d'une croyance avérée, qui persista pendant plus d'une génération, les traditions messianiques et eschatologiques établies avant la venue de Jésus, proU\·ent qu'il est naturel qu'il ait eu l'idée de la fin du monde et la conviction que le Messie souffrant qu'il était, en sa qualité de fils d'homme, reviendrait, après l'accomplissement du sacrifice, à sa condition antérieure de fils de Dieu et reparaîtrait, au jour prochain de la parousie, en Messie glorieux pour présider à la consommation du siècle. Le jugement pessimiste, d'ailleurs justifié par le régime oriental, que porte Jésus sur un monde dont il prononce la condamnation, s'oppose à ce qu'on le considère comme « un doctrinaire du progrès social )). De cette erreur, propre à Reuss, à .Lamennais et à presque tous les pasteurs protestants, « est résulté le régime confus des relations des églises et des États ». C'est aux individus d'un monde près de finir que Jésus entendait ouvrir la voie du salut. Au reste, une révélation religieuse ne peut naître que d'un jugement pessimiste sur les choses terrestres et « de la confiance en un remède à chercher hors <l'e l'expérience·». Ce n'est que par la suite que les religions deviennei;lt optimistes en s'altérant, s'acconimodent au siècle et en usent. « La prédication messianique de Jésus, suivie de S'l. mort, devait être, dans sa pensée, le moyen d'effectuer entre les hommes, selon qu'ils accepteraient l'enseignement du sacrifice et auraient foi dans le Messie souffrant, ou se déclareraient ses adversaires,, la séparation morale décisive, préparatoire du dernier jugement, qui appellerait les uns à la vie céleste et vouerait les autres

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