La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

632 LA REVUE socrALISTE gences paysannes. Il faut changer complètement notre façon d'agir ; il faut brûler, tout d'abord, toutes les vieilles brochures, etc. dont on s'est servi pour la propagande industrielle. Les agitateurs agricoles doivent s'habituer~ la façon de penser des paysans (Sie 111iissensic!J in die Bauerndenkart bi11ei11denllen). D'ailleurs il faut que les paysans voient, ou plutôt qu'ils sentent que nous désirons améliorer leur sort. C'est seulement par la franche sympathie pour eux et pour leurs affaires que nous pourrons gagner leur confiance. Nous ne devons plus négliger les cultivateurs, ajoute M. de Vollmar, ou ils deviendront la proie des partis bourgeois. Du reste, il nous faut absolument les gagner. Il n'y a rien de plus ridicule que le point de vue blanquiste, que de songer à la reconstruction de la société, tant que nous sommes la minorité. Une révolution faite par une minorité ne serait qu'un succès éphémère suivi d'une réaction terrible. Nous sommes des socialistes, mais nous sommes aussi des démocrates. Nous ne voulons pas dominer le peuple, mais le convaincre, l'éduquer, le libérer. En terminant, l'orateur cite les programmes agraires des socialistes danois, hongrois, belges, italiens et français et particulièrement les résolutions du congrès de antes. A la fin de la discussion on a voté une longue résolution dans le sens des discours des deux orateurs Schœnlank et Vollmar. Comme le disait Liebknecht, c'était plutôt un article de journal qu'une résolution. Ensuite on a élu une commission de quinze membres pour étudier la question agraire et pour développer le programme d'Erfurt au point de vue agricole. La commission fera un rapport au prochain congrès, qui aura lieu à Breslau. Parmi ses membres se trouvent Liebknecht, Vollmar, Schœnlank, Bebel, Scheppel, Molkenbuhr et Quarck. La discussion sur le 1er mai a été peu intéressante. Le congrès a simplement réaffirmé sa résolution de l'année dernière. Ensuite M. Scheppel a traité la question des trnsts et monopoles capitalistes. Son analys!;! fut superficielle et opportuniste. Elle a été fort critiquée par M. Adler, de ,ïenne, et par M. Hue, un jeune délégué, employé de Krupp et Oc, de Essen. Le premier a constaté que l'effet principal des trusts a été d'assujettir plus que jamais les ouniers et les consommateurs ~ux capitalistes.· M. Hue a déclaré que les grandes corporations détruisent la solidarité ouvrière. Le socialisme, a-t-il ajouté, n'a guère pu entrer aux usines de Krupp. Là, tout le monde cherche à améliorer _sonpropre sort sans s'occuper du sort d'autrui. Ses observations ont fait une grande impression sur le congrès qui, à la fin de la _discussion, a voté une résolution revendiquant la protection législati,·e pour les travailleurs, en attendant la conquête du pom·oir politique par les classes OU\-rières. Les dernières séances ont été consacrées à la propagande parmi les matelots et à l'organisation des classes ouvrières. • Le président Singer, dans son discours de clôtllre, a fait appel à l'esprit d'union et de cohésion, et a exprimé sa conviction que le parti socialiste survivrait à tous les changements de chancelier, à toutes les modi~cations de cour. Espérons que la conciliation subsistera, puisque l'on a commencé à tenir compte de l'esprit autonomiste des Allemands du Sud, de la tendance particu-

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