La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

MOUVEMENT SOCIAL résumés ainsi : ccMieux voudrait renoncer à tout jamais à l'espérance de gagner les paysans à la cause socialiste que de modifier la vraie doctrine ou de reconnaître ccla société de classes ». Vers la fin du discours il ..:onjure les Bavarois et les Hessois de changer leur opinion. Fallt 1111s gar nicht ein (nous n'y songeons pas) répond Grillenberger. La motion Vollmar a été repoussée par 114 voix contre 93. Liebknecht Singer, Auer, Bebel, Schoenlank et Ewald ont ,·oté contre. La motion Bebel a été rejetée par une majorité écrasante, 16-1-voix contre 64. Finalement 1·31 voix contre 103 votent l'amendement Stadthagen, désapprouvant le vote du budget, seulement lorsqu'il implique un témoignage de confiance à l'égard du gouvernement. Parmi les autres débats, ceux sur la question agraire ont été de beaucoup les plus importants. M. Schœnlank a fait l'histoire de la propriété fonciére en Alremagne. Actuellement la noblesse propriétaire, le j1111kertb11111 proprement dit, a presque disparu et a été remplacée par les entrepreneurs capitalistes qui appliquent à l'agriculture les méthodes de la production industrielle. Les paysans deviennent de plus en plus prolétarisés ; mais ils sont èn général indifférents, voire même hostiles aux théories collectivistes. Or, il est ridicule de songer~ une révolution sociale tant que les paysans - la majorité de la nation - seront hostiles au socialisme. Il ne s'agit pas en premier lieu de les convertir. Il suffit de les neutraliser. Mais la première condition d'une propagande agricole efficace est de reconnaître que le plus grand nombre des socialistes ne savent rien ou presque rien de la vie campagnarde ni de la question :i.graire. Les paysans, cependant, commencent à s'éveiller, aiguillonnés par les dures conditions de l'existence agricole actuelle. Ils croient reconnaître dans les créanciers juifs la vraie cause de leur misère et, par conséquent, ils prêtent facilement l'oreille à la propagande antisémite. Si les socialistes ,·eulent arracher les petits cultivateurs à l'antisémitisme, qu'ils se hâtent. Il faut pourtant se hàter lenten~ent. Quittons le terrain théorique; commençons le travail pratique. Pour la propagande agricole, continue M. Schœnlank, le programme d'Erfurt est insuffisant. Nous aurons besoin d'un programme agraire spéciale et d'orateurs spéciaux pour l'expliquer. De plus, il faudra varier la propagande suivant la localité et le caractère des gens qu'on veut convaincre. De la patience, de l'énergie et nous gagnerons les paysans à la cause socialiste ! M. Vollmar, qui remplace M. Schœnlank à la tribune, fait l'histoire du socialisme agraire. Il signale la négligence extraordinaire des théoriciens socialistes vis-à-vis des cultivateurs. La doctrine marxiste, continue-t-il, est basée sur des- données industrielles. Elle est particulièrement adaptée aux employés de la grande industrie - aux mécaniciens ou aux tisserands - mais les paysans n'y entendent rien. La théorie de Marx sur l'agriculture •fut construite d'après quelques données irlandaises ou anglaises. Pour mener une campagne efficace en Alle1:nagne il faudrait la corriger, l'étendre, la compléter. On a beau parler aux paysans de la collectivisation des grandes propriétés ou de la plus value. Mais je suis convaincu - et je les connais bien - qu'ils seraient très accessibles aux idées socialistes, si on les adaptait aux intelli-

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