622 LA REVUE SOCIALISTE C'est par pure perversité, par désir de jeter le trouble dans une âme sereine. Quelle victoire, si elle parvient à l'arracher à ses traYaux dont clic est jalouse, si elle fait de cette cervelle actiYe un reflet de son impérieuse pensée! Quel orgueil, si elle triomphe! Tandis que, voluptueusement, elle s'y prépare, survient un homme d'affaires qui, n'ayant pu obtenir de l'inventeur son secret, somme sa fcrnme de le lui arracher par ruse. Sinon, il révclera au parquet certain fait grave, connu de lui seul, un crime commis par Mme Ruppcrt. La voici contrainte par force à ce rôle de scduction qu'elle voulait entreprendre pour sa simple volupté de femme à plaisir. Elle cherche à ressaisir Claude; mais celui-ci, méfiant, écœuré, pressentant des infamies, l'écarte dédaigneusement. Plus gue jamais, elle se promet alors de s'approprier son secret, pour se sauvegarder d'abord et aussi se Ycngcr. Elle dirige son pouvoir de séduction sur l'être guc son mari aime le mieux au monde et à gui il a livré tous les secrets de cette i1wention. La Yictoirc sur lui sera aisée et peu glorieuse. Elle sent que ses charmes habiles auront Yite raison de la confiante adoration du jeune homme mais clic s'y résout, pour se sauver, et aussi parce que la trahison du jeune homme atteindra son mari aussi profondément qu'il peut être atteint, Si elle a été empêchée de le faire souffrir encore une fois par son amour, elle le torturera par sa haine. Voilà le drame - un peu romantique dans le pervers - qui s'agite en cette âme de femme. Le drame extérieur importe peu. Qu'il suffise de saYoir qu'un coup de fusil arrête la femme de Claude dans le cours de ses destructions morales. Ce qui est d'un haut intérêt, c'est s9n âme despotique et cruelle, si raffinée dans ses voluptés coupables, si experte dans le mal. On dirait d'un félin qui s'étire ou bondit, a des nonchalances ou des crispations féroces, ou encore d'un reptile qui, dans l'herbe, se prélasse et, soudain, par jeu, sans inter-rompre ses contractions, mord les êtres passant à sa portée. On peut ne pas souscrire à l'opinion de M. Alexandre Dumas; mais ce qu'on ne peut s'empêcher d'admirc:r, c'est l'art avec lequel ces perversités sont mises en jeu, évoluent, accomplissent leur œuvrc. Une grande puissance d'émotion humaine et par conséquent une grande puissance dramatique s'en dégagent. Faut-il chicaner dès lors, parce quc tel autre caractère de second plan reste effacé, parce que _la fable, avec son traître trop théâtral, apparait un peu arbitraire? Je ne le pense pas; car ces imperfections de détail n'obscurcissent pas la rude silhouette de la femme et n'empêchent pas cette conception du caractcrc de la femme d'être ncuye et audacieuse. Cette pièce a, par le caractcrc du mari, l'inventeur Ruppert, une signification plus haute encore. Jamais M. Alexandre Dumas n'a eu un sentiment plus juste de cc que le dcYoir humain exige de chacun
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