THÉATRE 62r J'espcre pouvoir le faire plus longuement un jour, car c'est le dcYoir de chacun de travailler pour ce qu'il croit être la justice. Cette digression nécessaire nous a bien écartes de la Fe111111e de Claude. Là encore, M. Alexandre Dumas apparait d'urie audace extrême. La femme de Claude, ce n'est plus la candide Yicrgc de Shakespeare ou sa Macbeth torturée de remords; la naïve et douce Marguerite, la Phèdre, grandiose à force de passion. Cc n'est plus la lucide et cérébrale norwégienne d'Ibscn, la perverse inconsciente de M. Becque, c'est, simplement, aYcc tranquillité, la femme mauvaise et consciente du mal qu'elle fait. Du moins, je l'ai nie telle. Peut-être Mme Sarah Bernhardt a-t-elle trop poussé le rôle dans ce sens, je l'ignore. Mais c'est ainsi que, Yécu par l'admirable tragediennc, le caractcre apparut aux représentations de la Renaissance. Certainement, aucune opinion plus pessumste, plus défaYorable n'a étè émise sur la femme et c'est bien telle, en effet, que nos habitudes sociales la rendent de plus en plus. Elle fait le mal non par des coups d'une passion qui se satisfait ou se Ycnge, non par une folie d'amour qui aveugle, non par l'hy~tcric qui rend frénétique. Elle agit froidement, par calcul, par intérêt, par pcrYcrsité: Elle n'a même pas l'excuse de ses sens. C'est la crbture mauYaise, féroce, dominatrice. D'instinct, clic rayage et détruit. L'homme est son ennemi. De même qu'elle traYaillerait à de la broderie ou à des dentelles, négligemment, coquettement, elle ,1cc01nplit son œuvre de desolation. C'est l'animal hypocrite, d'instinct funeste, armé de son charme comme d'autres bêtes le sont de griffes et de crocs. Elle déYaste parfois sans but,. par simple Yolupté, elle saYoure très lucidement ses prodigieux maléfices. Qu'on en juge : M. Ruppert est un saYant qui, ému par les recents rners de son pays, traYaille a sa défense, i1wente des engins· qui k feront victorieux ou plutôt rendront la guerre impossible. Il a beaucoup souffert par sa femme, dont les traitrises ont lasse Sil tendresse, jadis si confia"nte. Son labeur seul le console. Un jeune homme, sorte de fils adoptif, l'assiste. Au lever du rideau, sa femme, dont plus jamais il ne s'inquiète, vogue vers on ne sait quelles aventures. Soudain, elle reparaît dans cette maison paisible. Par tous sa venue est apprise aYec tristesse. Dans quel but ce retour? Lasse d'amours bizarres et tout de même monotones 1 blasée sur les conquêtes, elle veut entreprendre la plus malaisée de toutes, celle de l'homme qu'elle a outragé, qui la méprise et la hait. Elle veut reprendre son mari. Elle· a conscience que, si elle l'a atteint dans son bonheur, elle ne l'a pas atteint dans sa force. Il y a encore du mal à faire de ce côté. Et puis, quelle entreprise émouvante pour une femme blasée que cette tentatiYe presque impossible d'asservissement!
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