620 LA REVUE SOCIALISTE --------------------------. -- d'Alexandre Dumas restera un des documents les plus riches sur la moralité de notre temps. • Il a traite les drames passionnels les plus complexes, a risque d'audacieuses conclusions, a flagellé des hypocrisies mondaines et des injustices sociales. Dans l'examen d'une œuvn; de cette portec philosophique, les procédes et le mcticr ne comptent guere. Les idées émises, les affirmations de morale indépendante sont seules essentielles. Ayons le courage d'être justes et reconnaissons qu'un peu plus de vérité extérieure a une importance bien restreinte, pourvu qu'on ait une philosophie libre et clairrnyantc, qu'on montre lucidement le manque d'équite ou de logique de certaines idées reçues, que l'on mette en lumierc l'odieux et la sottise des préjugés. De toutes les pièces de Dumas une leçon humaine se dégage. Qu'importent les details de structure et les mots d'auteur? Sans doute, et j'insiste sur ce point, il vaudrait mieux que ces démonstrations morales fussent faites par des personnages plus vrais, moins systématiques et artificiels, parlant un langage plus naturel ayant un plus net accent de sincerité. Mais ces défauts n'empêchent generalcmcnt pas la demonstration d'être cvidcntc. Dans tous les cas, ces préoccupations morales, même si nous n'acceptons pas toujours leurs conclusions, témoignent d'une noblesse intellectuelle rare dans le théâtre contemporain. En somme, aprcs dix ans de campagne en fa\'eur de la vérité dans les sentiments, les gestes, les attitudes et le dccor, contre les choses faites de chic, les «ficelles» et les mots d'auteur, nous avons obtenu un jeu et une mise en scène plus rcalistcs, et c'est tout. Mais les intentions sont-clics plus hautes ? Regardons cc qui se passe autour de nous, examinons sans parti-pris la plupart des picccs apportccs au grand public par des auteurs nouveaux. Dcdaignent-ils toujours les ficelles, s'abstiennent-ils des drôleries de dialogue sùres de leur effet, mais invraisemblables dans la, situation? Non. Est-cc qu'ils se soucient da\'antage de vérité? Les pièces sont-elles plus qu'autrefois dominees par des préoccupations philosophiques ou morales? Dcmontrc-t-on avec plus d'audace et de pcrspicacitc l'injustice de certaines de nos conventions sociales ? Non. Les modernistes, eux-mêmes, semblent avoir oublié dcjà les quelques picces humaines et Je tendances hautes, jouees çà et là ces annces passces; de trés bonne foi, ils applaudissent à des picccs, sans vcrité humaine, sans préoccupations morales, bourrces de mots d'auteur, dont la rouerie, très moderne, leur fait illusion. Alors, pourquoi malmener celles des picces d'antrcfois qui valent par leur hauteur de conception? De quel droit être injuste ou dédaigneux? Et, en cc qui concerne M. Alexandre Dumas, il serait simplement sage de reconnaitre que son œuvre est une belle œuvrc qui fait penser.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==