La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

THÉATRE Yie n'en resterait pas moins empreint de grandeur. L'homme trouYcrait auprès d'elle le repos, la paix, le réconfort, u11 bonheur simple. Et, pour la femme même, serait-cc une inft'.:riorité que de rester une créature de tendresse et d'apaisement, riche de tous les beaux instincts du cœur, plutôt que de prétendre aux pédanteries intellectuelles. Ibsen convie la femme a un autre rôle. Dans toutes ses pièces, il nous la montre viYant par la tête plus que par le cœur et les sens. Sa Yalcur morale la préoccupe. Elle interroge sa conscience. Les drames qu'Ibscn nous n'.:\·clese jouent dans son esprit. C'est une cérébrale passionnée. Même, lorsqu'au début d'une piccc, elle apparaît fr,iYole, évaporée, comme l'héroïne de Maiso11de Poupée, elle finit, au choc d'un héncmcnt m9ins ano~in que ceux dont sa vie s'cnjoliYe, par perceYoir l'opprobre de sa conscience. Une telle conception de la femme est assurément d'une Yalcur plus haute, mais tellement distante de notre humanité a nous! Nos sensations et nos émotions sentimentales sont trop directement les sources de nos pensées pour que nous puissions ainsi nous affranchir d'elles. En le faisant, nous cesserions d'être nais. A l'opposé de cette idée de la femme apparaît M. Henri Becque. Sa Parisienne est un charmant être d'inconscience. Elle n'a jamais réfléchi. Si, par hasard, quelqu'un lui parlait de sa conscience, clic om-rirait des yeux ctonnés, traiterait en clic-même l'importun de « raseur » et le consignerait désormais a sa porte. Si clic fait jamais \'Cnir le prêtre, cc sera bien plus tard, au temps des rides définitiYcs, non pour rcflcchir et s'amender, mais pour distraire sa solitude par un peu de dérntion. Et, s'il lui arriYait de donner a diner aux philosophes, cc serait à la condition qu'ils ne lui parlent pas philosophie. Elle est peryersc par instinct, sans se rendre compte très exactement des gentilles infamies qu'elle commet ni des souffrances qu'elle provoque. Elle est si peu mauvaise au fond qu'elle demeure capable d'un bref émoi et de deux ou trois larmes sincères. C'est un joli insecte friyole et inconscient. Combien plus tragique apparaît la femme, scion M. Alexandre Dumas fils. Je ne sais si, comme on le dit, M. Alexandre Dumas a eu la Yolonté d'exprimer par la Fe11111d1eeClaude l'opinion qu'il s'est faite de la femme, après toute une vie d'enquêtes perspicaces sur sa mentalité et son.cœur. Mais cela est vraisemblable; il suffit qu'un auteur dramatique ait pu, a une minute donnée, conccYoir un tel caractère de femme et si passionnément le faire Yivre, pour qu'on puisse légitime- . ment penser que cette création traduit ses idées personnelles sur la femme. Et cc renseignement est d'un haut prix pour l'histoire d'un talent et d'une époque; ca;-, quelles que soient sur ce point les co1wictions de certains camarades de ma géneration, je crois que l'œuvrc

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