La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

618 LA REVUE SOCIALISTE plus vanec et plus dramatique que leurs imaginations. Montrer les fous désirs de parfaite union qu'a la jeunesse, les douloureuses expé-: riences que donnent les années, le bonheur tout relatif dont il faut bien se contenter en fin de compte, montrer les larmes et les détraquements aussi bien que les joies saines et les bonheurs tranquilles, l'éternelle quête du pauvre être humain en attente de l'être par lequel il aura la volupté du bonheur ou celle des sanglots, ce n'est point forcément une œune de répétitions et de recommencements. Et si des plaisantins, amers ou folâtres, au lieu d'étudier profondément les troubles du cœur et de la chair, ne profitent de l'attrait que ces ctudes ont sur le public que pour se livrer à des dràleries banales, à des cabrioles qui suppléent l'insuffisance de vérité et d'émotion, la bassesse applaudie de leurs farces ne doit pas diminuer le mérite des autres, obserrnteurs perspicaces et originaux .. Cc qui proll\·e combien nriés sont les aspects de la lutte pour l'amour, c'est la compréhension differcnte de la femme et de son rôle qu'ont la plupart des auteurs dramatiques importants. Selon les drames qu'il a personnellement Yécus ou dont il a eu l'intuition à ses côtés, le dramatiste crée des types qui expriment son opinion sur la femme. Le génie de sa race influe assurément sur son jugement : si c'est un latin, il aura des tendances i voir dans la femme un être d'ardente beauté physique, de volupté et de passion. Si c'est un homme du 'ord, il la· Yerra plus volontiers comme une créature de grande exaltation intellectuelle, d'àme limpide et candide. Toutefois, les événements passionnels qu'il aura vécus ou présentés lui feront plus sûrement son opinion. Alors, quelle diversité: Shakespeare, par contraste ayec ses personnages Yiolents, excessifs, farouches, cree des êtres de gràce : Ophélie, Desdémone. Gœthe, apres avoir établi par de savantes et artificielles psychologies, des personnages nais, mais peu émoll\·ants, obserYe autoqr de lui la jeune fille allemande de son temps, naïYe, d'âme simple et trés virginale, la mêle à ses drames ou plutàt à son drame, telle qu'il la YOit dans la Yie et nous crneut vraiment par elle. Racine recrce Iphigénie, Junie, Bérénice, mais le type de femme qu'il semble aYoir réalisé avec le plus de force est celui de Phèdre, la femme ardemment remuée dans son cœur et dans sa chair, escla,·e de sa passion, incapable de Yine si son amour lui échappe. • Sans doute, on peut trouYer que réduire la femme à ce rôle de passion, ne point se préoccuper pour elle d'intelligence et de conscience, c'est l'abaisser. D'abord, il n'est pas nai que Phédre soit étrangérc i toute moralité, puisque sans cesse sa passion est en lutte avec le devoir, c'est-à-dire a\'ec sa conscience. Mais consid~r:ît-011 la femme comme une simple créature d'amour et de bonté, son ràlc dans la

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