La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE SOCIALISME EN SORBONNE 53 et, condamn.ai1t le système dans sa totalité, il exécute, sans autre forme de procès, une grande idée qui s'y trouve contenue et qui mériterait tout au moins d'être examinée : à savoir qu'i11dividualitécro-issante t solidarité croissante ne sont point inconciliables; que l'une peut fort bien être l'idéal à poursuivre progressivement dans le domaine intellectuel, religieux et même politique, l'autre dans le domaine économique. Auguste Comte disait déjà : « L'avenir appartient, non plus au gouvernement des hommes, mais à l'administration des choses ». La formule a été reprise par Engels, et elle ne semble pas si déraisonnable! Le socialisme idéaliste ne trouve pas plus grâce que l'autre devant M. Espinas. Qu'on ne lui parle pas de réclamer, au nom de la justice, une égale répartition de la richesse sociale ? Et pourquoi? Voici ses arguments principaux: Une société fondée sur la justice est fort séduisante ; seulement elle n'a jamais existé ; ce n'est pas « une réalité concrète ». - (Sans aucun doute. Mais s'ensuit-il qu'il ne fail\e pas travailler à la réaliser?) - Pas d'organisation possible entre des êtres rigoureusement égaux. - (Mais qui donc soutient que tous les membres d'une société peuvent être rigoureusement égaux?) « Riches et paunes, nous devons nous considérer comme desmoyens pour le maintien et le dheloppement de l'organisme social ». (Acceptons pour un instant cette thèse hardie. La société ne sera-t-elle pas plus prospère, plus forte le jour ou elle cessera d'être divisée en deux classes ennemies ? C'est là une question qu'il faudrait encore decider.) La füreur de centralisation qui possède M. Espinas va si loin qu'il n'admet pas même qu'une fédération de communes ou de petits États puisse aYoir un art original, contribuer sérieuse.ment i la culture humaine. Faut-il donc lui rappeler !'Athènes antique ou la Florence du moyen âge, ces cités de lumière qui rayonnent d'un si vif éclat dans l'histoire de l'humanité? Mais passons et demandons-lui, pour finir, ce qu'il nous offre à la place des doctrines qu'il vient d'éliminer. D'abord une théorie de la résignation (page 349), qui manque, nous dit-il, au socialisme. - Il me semble, à moi, que les misérables se résignent depuis bien longtemps et que le tour des riches pourrait venir; il est plus aisé de se passer de diamants que de pain. Prêcher l'éternelle soumission aux déshérités, sans avoir même à leur promettre une compensation dans un autre monde, me fait l'effet d'une lugubre ironie. A la vérité, M. Espinas avoue qu'il y a encore quelques petits progrcs à opérer. Il admettrait des réformes anodines. Ainsi les travailleurs pourraient obtenir un surcroit de garanties contre l'arbitraire de ceux qui les emploient, « plutôt, d'ailleurs, dans la petite industrie

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