La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

52 LA RE\.UE SOCIALISTE prendre « pour postulat cette affirmation que le lravaillc11r 11e doit pas 1111mei1111/dee so11temps à la co11111rn11a11lé. » Marx, sans doute, a soutenu qu'en régime collectiYiste le traYailleur doit recC\'Oir le produit intégral de son traYail. Mais j'écriYais (r), Yoici sept à huit ans, le commentaire de cet axiome socialiste et je le transcris purement et simplement, afin qu'on ne puisse pas m'accuser de l'impro\'iser pour les besoins de ma cause : « Cela signifie que l'ensemble des tra\'ailleurs doit se partager l'ensemble des produits, sans qu'aucun prélèYement puisse être opéré au profit d'une classe parasite. Or, comme il n'y aura plus ni capitaliste ,•iYant Ju traYail d'autrui, ni intermédiaire inutile entre le consommateur et le producteur, un seul préléYement subsiste. C'est celui qui est indispensable pour assurer l'entretien des enfants et des Yieillards, pour maintenir en bon état ou renouYcler l'outillage national, pour défrayer les nombreux serYices publics qui seront gratuits, pour faire Yine ceux dont le tranil ne se résoudra pas en produits palpables, comme les instituteurs, les employés de chemins de fer, etc., pour remplir en un mot toutes les charges sociales.» Peut-on dire après cela qu'aucune part n'est faite a la communauté ? Il n'est pas plus juste de dire que Marx et ses disciples désirent « une organisation telle que l'actiYité producti\'e s'arrête à la li111ilc des exigwces du besoi11i11divid11el >>. - Ils ont, au contraire, déclan; maintes fois qu'il faut réformer la production déraisonnable, naiment anarchique, telle qu'elle existe dans notre régime de concurrence désordonnée, qu'il faut lui donner pour règles les besoins réds et scientifiquement constatés de la collccti\·ité ! Nous sommes d'autant plus ù l'aise pour protester contre des interprétations qui calomnient la doctrine de Marx que la Revue Socialislc ne l'a jamais acceptée <c en bloc ». Elle a toujours fait ses réscrYes sur plusieurs points graYes; clic a toujours repoussé des exagérations imputables aux disciples plus encore qu'au maître ; elle a toujours déclare qu'il est excessif de présenter les soucis matériels comme les uniques moteurs de notre conduite, comme les seuls facteurs de l'éYolution liistoriquc ; elle a toujours fait une large place ù la pitié, ù la sympathie, à la solidarité humaine. Elle n'a jamais oublié que b question sociale est autant morale qu'économiquc. Et je m'étonne, à cc propos, que M. Espinas ne dise pas un mot du socialisme tel que ~falon l'a compris et exposé, tel que les principaux rédacteurs Je cette Rc1•11e n'ont cessé de le définir et de le propager. Ce nationaliste fougueux omet les corrections et additions que l'esprit français apporte au socialisme allemand. Il trom·e plus simple Je supposer que toutes les paroles de Marx sont dévotement admises comme celles d'un pape infaillible, (1) Etudes rnr la Frn11ceco11/c111porai11e, p. 2 3 5.

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