La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

602 LA REYUE SOCIALISTE l'impossibilité des explications, érnquant les êtres en poétc, de toute la chaleur de son cœur, les étudiant en philosophe, de toute la pénétration de son esprit. Un critique des Dâiats a voulu retrouver l'auteur de la Vie Artistique, le critique d'art, dans le conteur et le penseur de « Le Ccrur et l'Esprit. » Sans doute qu'il s'est arrêté à la lecture de la Table des Matières, devant quelques titres: Les Ombres, Le Portmit. Car c'est à de la musique, plutôt, que ferait songer ce liHe, tout symphonique, d'une admirable orchestration, avec cette large OU\'erture Les Ombres, dont chaque morceau ensuite reprendra le leit motiv d'amour, de pitié, de mélancolie, de tristesse, jusqu'à cc final de tt Voix, où se résument en strophes magnifiques toutes les bcau,és de penser et d'.~crire, qui éclatent dans toute l'œu\'fe. Mais laissons peinture et musique. li s'agit a\·ant tout de littérature, de psychologie, de sociologie. La littérature triomphe ici dans une langue d'une souplesse et d'une force rares, et je ne connais guère d'écrivains de ce temps depuis Michelet, qui ait possédé à un si haut degré le don du rythme, si cher à cc maître du verbe. M. Clémcnccau en a fait la remarque, bien des pages de Geffroy prennent le tour oratoire. Cnc éloquence brùlante, de flamme haute et claire, toujours alimentée par l'idée. Plus d'un des romanciers à qui l'on décerne le scalpel et la sonde d'honneur, et qui sont censés découHir chaque jour un repli ignoré dans l'âme humaine sont des psychologues fort rudimentaires, compares à l'auteur de Le Cœur et l'Esprit; non que celui-ci recherche aucunement le rare et l'cxccptionncl, . bien au contraire ; c'est sur la vie, sur le cœur humain de tous les jours qu'il porte son a11.1lyse, qu'il exerce son observation, sur les sentiments les plus ordinaires par quoi nous jouissons et souffrons. Point ne lui est besoin des complications et des imprévus où nos praticiens opércnt, peinant à faire admirer leur science de diagnostics, le sang-froid et la sûrete de leur coup de bistouri. Point ne lui est besoin de terres inconnues à explorer. C'est du champ commun où d'autres n'ont pas soupçonne le terrain propice, qu'il a fait surgir sa moisson, récolte sa gerbe merveilleuse. Cc sont les incidents simples, mème pas des incidents, le mouvement de la vie la plus regulièrc qui fournissent le sujet à son investigation abondante et aiguë. Cc sont des ètres tout voisins de nous, sans parcicularités, qui les désignent à l'attention de nos spécialistes fabriquant l'füne à, la mode. Les sentiments et les s..:nsations, Gdfroy ne veut en saisir que cc qu'ils ont d'impersonnel, de gener,11, par quoi ils se relii.:nt à la joie, à la douleur de l'univi.:rs ! Ah ! toutes ces ombres de femmes qui \·icnncnt hanter le poète dans le jardin où il tra\'aille, leur jardin de pension, jadis, à clics, comme les \'Oici, et, a\'CCclics, la \'ic, toute! joyeuses ou douloureuses, marquées de kur destin, a\'ec des yeux di.: vice ou de vertu, a\'CC leurs voix de fortune ou de misérc, pùlcs de s,tcrificcs et de renoncements, ou dans l'insolence et l'eclat et la magic de leur puissance. Aprés la fresque où elles tournoyaient en foule de ré\·e, ces ombres é\·anouies ,wec le jour, \'Oici quelques-unes de leurs sœurs réelles, aux circonstances de l'existence, aux heures de volonté ou de hasard, où se dt'.:cident ou bien où se pn'.:sentent les trahisons et les maux, où l'on se ré\·olte, où l'on se rt'.:signc, les luttes, les victoires, les trahisons, les défaites. La Lisl'llse, le Piauo a,,cim, le Fi1111cé, le Se11ti111ed1e1lt' I111possibfr, la Rmconlrl', la Vit'ille Ft·1111111•, etc.! A tous ces ch,tpitres, comme se justifie et s'éclairi.: le titre Le Cœ111e· t l'Esprit ! Cons-

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