LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE 6or transfigurée, d'apparence changeante, aux souhaits des mortels. Vitalis déçu s'en est allé, et le voici avec la première bergère rencontrée, qui rentre dans la réalité. Nous le revoyons, dans une cabane misérable, avec sa femme et ses enfants, tra,·aillant, peinant, n'imaginant plus que la vie puisse être autre. Eladc, qui passe par là avec un amant définitif, celui qui l'a animée, celui qui l'a délivrée, et qui l'entraîne « par le monde jouir de leur liberté», ne peut s'empêcher de verser un pleur sur le sort de Vitalis : Vous êtes un esclave! - Je suis un honnête homme, réplique-t-il. - Soyez libre. - Laissez-moi travailler comme un homme. Et Psallus, l'élu de la princesse, conclut : Il y a deux sortes d'hommes : les hommes libres et les autres. Laissons les autres ... - A travers ces symboles troubles, est-cc le rêve, est-ce l'émancipation de l'humanité que magnifie l'auteur, est-ce l'acceptation pure et simple de la destinée avec Vitalis, farouchement heureux et ne se révoltant pas dans sa cabane, qui est prêchée. Je ne sais trop. Il faut se contenter de regarder sans trop essayer de démêler le dessin subtil, la fresque ça et là effacée, ou violente par endroits, oü se pose ce Chdt,,auSi11g11lier, oü se meuvent ces personnages peints en un recul de légende, dans la manière empruntée et composite de M. Remy de Gourmont, à travers des paysages déformés, des paysages mêlés, d'Odilon Redon et de Puvis de Cha,·annes; et parfois des intérieurs flamands, savoureux et gras, cdui de la cabane du tisserand, par exemple. Et l'on songe à la Bdle au Bois Dor111a11I, aux drames wagnériens, à Maeterlink, à Huysmans, à Villiers de l'Ish:-Adam; et n'est-ce pas aussi une r.'.:minisccnce de Mallarmé, du vers : « Et j'ai peur de mourir, lorsque je couche seul » cette phrase d'Eladc : « Si je dormais seule, je mourrais ... » M. Remy de Gourmont ne pense ni n'écrit assez seul, et c'est cela qu'il faut, pour vivre ... Et c'est la vie qui manque à la littérature, d'ailleurs pleine <l'art de M. de Gourmont, de trop d'art, trop artificielle, de la littérature morte. Artificielle, par Eucf:xE MOREL(Ollendorf). Des miettes de la Parisienne. - Un roman par petites scènes de comédie rosse. Un mariage de com·enance, les présentations, les fiançailles, tout cela en croquis légers, rapides, avec de fines et ironiques notations. L'installation du ménage, les débuts de la vie commune sont contés avec humour. Et puis, puis l'on ne sait plus au juste. Peut-être l'auteur a-t-il eu de grandes visées, ou nous ne voyons rien, sinon que Madame reste sage, que les époux héritent un jour de leur bellemère, qu'ils sont malheureux et n'ont pas d'enfants, rien que des chiens à soigner. Tout cela tournant court, et sans nous mener aux conclusions ou l'on peut soupçonner qu'a voulu tendre l'auteur d'Artijicirlle, qui dans 1'lg110ra11ceacquise avait déjà fait le proccs à l'éducation et à l'instruction que notre société donne à- la femme. Le Cœur et !'Esprit, par GusTA\'E GEFFROY(Charpentier et Fasquelle). - Les conflits de l'amour et de l'intelligence, voilà ce que nous trouvons, dans le nouveau livre de Geffroy, aussi, l'accord, l'harmonie de la passion, du sentiment et de la raison ; car, si le cœur, suivant le mot de Pascal, a ses raisons que la raison ne comprend pas, il arrive aussi qu'il en est qu'elle comprenne. Et Geffroy a exposé des cas, tenté les explications du po~sible, ou dit
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