LE ~IOCJVDIE:-.:T LITTÉRAIRE cicntcs ou non, toutes les héroïnes du livre se débattent entre aimer ou n'aimer pas; se dominer ou se laisser emporter, au courant des lois de nature, abaisser l'instinct, maîtriser son sang et sa chair, s'incliner aux conventions sociales, ou, malgré les règles et les préjugés, briser les entraves, rouler à la passion I Terribles, obscures batailles aux plus profondes des cavernes de l'.ime, aux labyrinthes de l'être où se cachent les rouages, le mécanisme de nos actes et de nos pensées ! Drames ardents et bouleversants à trn,·ers le calme et le terne des plus droites existences. Le poète a lu par dessus l'épaule de la List'use, et entre les lunettes de la vieille fille et le livre où elle s'abime le secret de sa solitude. Il a compris les raisons de la réYerie et du silence de t1 jeune fille, cessant subitement d'l:grencr ses Yalses folles sur le piano nncien. JI a interprété le silence de celles qui se taisent, et sa di,·ination hardie a su faire parler celles qui ne savent pas avoir quelque chose :\ dire, la femme de la R1•nco1tlt-e, par exemple, qui frissonne et pleure, d'ayoir aperçu l'homme qu'elle eût aimé, qu'elle ne rc,·erra plus, sans doute ... : tout ceci, sans rappeler Baudelaire : « 0 toi que j'euss1•ni111il1•, ci toi qui le snvais »; car, le domaine où s'installe Gdfroy, aux confins du cœur et de l'esprit, est bien tout il fait peuplé de figures « fixées au réel, la tête dans le rê,·e » tout à fait siennes. Que dire à présent de t0ut ce qui circule de noble et de grand à travers ces pages, cc qu'il y a, dans t0utcs les œuvres de Geffroy, de sensible, s:rns sensiblerie, à toutes les souffrances, de fraternel à wutes les manifestations de l'acti,·ité sociale, tout cc qu'offre de réconfort aux esprits la vaste bonté égale :\ la beauté de son art. Car, la Yie, ses grandeurs, ses petitesses, ses luttes, ses passions, vues d'un liHe de Geffroy, pour lui appliquer une de ses phrases : « c'est beau, solennel et tragique vu de cette calme hauteur, comme une étendue de mer enflée et bruissante, aperçue de la chambre d'un solide et vertigineux clocher. » Le Vigneron dans sa vigne, p;1r Jt;LES RE:-ARD(édition du }Jercure de France). - Dans la littérature actuelle, M. Jules Renard occupe une place à lui, et rien qu'à lui. Observateur réaliste outrancier, humoriste violent, aYcé une langue serr.'.:eet aiguë, il ne peint pas, il ne grave pas, il découpe à l'emportepiècc. En récits denses et brefs, en raccourcis de ,·ingt lignes, il fait tenir une anecdote, un paysage, des personnages, - et la fable est soun:nt dramatique. J'entends comporte toute une action, et le paysage, le milieu où é,·oluent les êtres est orné d'un crayon sûr, et les personnages Yivcnt, comme sondés à• l'àme, se révèlent d'un trait, où tant de romanciers useraient de pages et de chapitres. Cel~ va jusqu'au grossissement et demeure dans b vl'.:rite, et d'un français, d'un classique intense, du La Bruyère mêlé de Sterne. La Yigne dont le vigneron Jules Renard nous wrse lt: vin d'une marque si authentique est de ceps français, alternes de plant américain. De là ce goùt de terroir un peu âpre, d'autant plus prenant :1 nos palais usés. ]. AJALBERT.
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