La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE PARTI SOCIAL-DÉMOCRATE DE ROUMANIE 593 suppose des dépenses de jugement, des pertes résultant du manque de bras à temps; et enfin la sanction du jugement serait illusoire étant donné l'extrême dénùment du paysan. Aussi la jeune bourgeoisie roumaine - devenue propriétaire de la terre, - a su, sous le couYert des lois agraires, destinées à régler les relations entre paysans et propriétaires, établir de fait un régime dans lequel, formalités judiciaires mises de côté, l'ad111i11istratipornête 111a-in-foratuex propriétaires pour l'exécution des contrats extorqués aux paysans. La loi agraire, votée sous l'impulsion honnête de Rosetti, n'a pas eu un meilleur résultat. En moins de trente années de cette effrénée exploitation bourgeoise, le pays a perdu sa riche productivité et la misére du paysan atteignit son apogée. La pauvreté et la dégradation économique du peuple agricole roumain n'est comparable qu'à celle existant dans certaines contrées de la Russie. Le paysan est dépourvu des garanties personnelles les plus elémentaires et son influence politique a eté jusqu'ici nulle, et cependant c'est par lui et pour lui que le socialisme roumain deviendra une force. • Vis-à-vis des . ouvriers des villes, les socialistes roumains n'avaient qu'à suivre dans leur propagande la voie tracée par leurs fréres d'Occident. Il n'en fut pas de même quand il s'agit des moyens de propagande et d'organisation parmi les ouvriers des campagnes. Les militants roumains trouvés, abandonnes à leurs propres forces et obliges de frayer une Yoie nouvelle au socialisme. Cette œuvre n'a pu cependant être accomplie sans des divergences ·d'opinion sur la tactique à suivre, sans des concessions de doctrine jugées reelles par les uns, apparentes seulement par d'autres. Les conditions de vie de nos travailleurs, et surtout de nos paysans, différent tellement de celles existant en Occident que, forcement, notre tactique et les revendications immediates inscrites dans notre programme agricole sont egalement particulieres à notre pays. Ainsi, pour citer un exemple, nous rappellerons que souvent le paysan roumain est encore .. possesseur d'une parcelle de terre, infime il est vrai, mais qui tout de même en fait un proprietaire ; grâce à cette circonstance, ce qm tient le plus au cœur du paysa~, ce qu'il demande avant tout, c'est encore et quand même un lopin de terre. De toute nécessité, on a dù tenir compte de cette situation. Les socialistes de Jassy, qui se sont mis à la tête du mouvement parmi les paysans, se sont alors avisés qu'il •existait des lois votées par les assemblées legislatives, mais soigneusement cachées par l'administration, et d'aprés lesquelles on reconnaissait à des catégories de paysans, qui n'avaient pas reçu de terre en 1864, le droit d'en demander et d'en avoir sur les ·domaines de l'État. Or, appuyer des demandes de terre

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