592 LA REVUE SOCIALISTE dut abandonner a son ancien serf était, dans l'immense majorite des cas, insuffisante a le nourrir.· L'application frauduleuse de la loi, puis les passages successoraux réduisirent encore le lopin de terre. De plus, que les paysans manq ucrcnt completement de pâturage pour leur bétail. Un grand nombre de paysans sont aujourd'hui entièrement dépourrns de toute propriété et si la majorité en possède encore une, cc n'est qu'une propriété illusoire. En effet, le sort de ces derniers est plus malheureux que s'ils étaient absolument proletaires; ils pourraient alors se déplacer et chercher ailleurs les salaires pl us élcYés, mais leur infime parcelle de terre les retient et les lin-e aux griffes du grand propriétaire local. Les relations qui se sont établies depuis 1864 entre le paysan proclamé libre et les grands propriétaires, ou pour mieux dire leurs fermiers (car en Roumanie la plupart des domaines sont affermes), sont aussi révoltants et miserables qu'on puisse les imaginer sous le pire des servages. De toute nécessite, pour que le paysan puisse vivre lui et sa famille, il doit louer au propriétaire un lot de terre qu'il s'oblige a travailler avec ses instruments. La récolte une fois obtenue, le propriétaire ou son fermier prend sa part, qui est gcneralcmcnt la moitié, quelquefois les deux tiers de la récolte totale. Mais outre cc payement en nature, le paysan a d'autres obligations supplémentaires, il faut qu'il travaille sur les terres ouvrables du boyard un nombre déterminé de jours, lui, sa femme, ses enfants, tant de journées de traYail aYcc la charrue, tant pour sarcler les champs de maïs, etc., etc. Il est obligé ~n plus de donner un nomb.rc fixé d'œufs, de poules, canards, agneaux, etc. Le paysan a toute une série d'obligations infiniment Yariées que le malheureux ne saurait débrouiller. .Des enquêtes officielles, et surtout des contrats publiés par centaines dans la presse démocr'atiquc, ont réYélé des Yérités horribles. Ainsi, par exemple, aprés aYoir effectué le décompte détaillé de tous les engagements imposés par un grand propriétaire on constata, comme fait typique, que pour 20 francs prêtes a un malheureux paysan celuici avait payé en intcrêts la somme de 200 francs. Il faut ajouter que sur une grande cchclle se pratique le fait suivant: pendant l'hiYer le paysan est obligé d'emprunter le maïs nécessaire a sa nourriture et c'est alors que le grand seigneur en profite pour lui imposer la plus chontée des usures et certaines obligations. Il est évident que sous le régime du cc laissez faire, laissez passer», le paysan, acculé par la nécessité, finit par accepter les barbares contrats imposés par les proprictaircs. Si les paysans Youlaient ensuite se soustraire aux obligations contractées, le boyard ne dcnait pouYoir le contraindre qu'aprés un jugement en régie. Mais cette procédure
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