La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Cette renaissance de l'esprit cosmopolite et démocratique inquiète fort M. Espinas. Il n'essaiera pas, dit-il (p. 345), de prouver que cette nouvelle foi est mauvaise. Oh non! Jugez plutôt! Il dira seulement: - Tout cela, chimére, utopie ! C'est couper l'adhérence au sol ! C'est supprimer la liaison avec l'histoire ! C'est bâtir dans les nuées, légiférer pour des esprits purs ! - Que serait-ce, s'il aYait voulu attaquer la foi sociale de ses jeunes auditeurs? Contraste bizarre ! Cet outrancier du nationalisme trouve mauYais que des Français reviennent à l'idéal qui, de son aveu même, fut celui de la Révolution française! Ce « métaphysien politique », qui yeut subordonner chaque destinée individuelle à l'âme collective, reprend, au nom du patriotisme, les expressions et les arguments de l'Allemagne contre l'esprit français ! IV Cette première charge contre le socialisme, qui a le tort d'être international, est complétée par une seconde. Il est vrai que M. Espinas entend attaquer seulement le socialisme radical. Mais qu'est-ce que le socialisme radical ? Le nom est nouveau. M. Espinas n'en explique point le sens, et c'est regrettable ; je suppose qu'il veut dire le socialisme collectiviste ! A quelle critique vous attendez-vous ici ? S'il est un reproche rebattu, banal, classique, que tout jeune homme de bonne famille, désireux de faire ses premicres armes contre l'ennemi de sa classe, adresse au collectivisme, c'est celui d'étouffer, de supprimer l'individu au profit de l'État; de faire peser sur lui une formidable tyrannie; de donner au pouvoir central une autorité écrasante, etc. Relisez Spencer ou n'importe quel économiste et vous Yerrez comment, pour lui, socialisme est synonyme d'esclavage. M. Espinas a changé tout cela. Le grand crime du socialisme, c'est, à ses yeux, d'être trop individualiste. Je n'inYente rien, je vous assure. Il écrit : « C'est un véritable individualisme qu'on nous propose sous couleur de socialisme >>. Il y a ainsi cela de piquant dans l'argumentation des adversaires bourgeois du socialisme, qu'ils le condamnent tour à tour pour deux motifs contraires. - Il ne laisse rien à l'individu, crient les uns. - Pas du tout, répliquent les autres, il lui abandonne tout. - Une seule chose ne change jamais : l'horreur du monde bourgeois pour un régime par lequel il se sent destiné à être bientôt remplacé, l'aversion instinctive du vieillard qui se cramponne à la vie à l'cgard de son hcritier présomptif.

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