La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

57° LA REVUE SOCIALISTE « le rentier? C'est celui qui consomme plu·s que les autres. Il a plus « de besoins qu'un autre, parce qu'il a plus de temps pour s'en « occuper. Les médecins le savent bien, eux (discours de M. le doc- « teur Dufour, l'éminent oculiste), car ils sont souvent appelés par « les rentiers à soigner des maladies que des travailleurs n'auraient « jamais songé à faire soigner. Il y a un bien plus grand nombre de cc travailleurs occupés par des rentiers que par d'autres travailleurs(?) cc Le rentier est un consommateur, et acheteur de services, important. cc Il a une autre qualité précieuse : Se jette-t-il comme tout le monde « dans le marché du tJ·avail ? Il pourrait devenir quelque chose s'il le cc voulait (r). Il pourrait être faucheur, agriculteur(?), n'importe, une cc concurrence enfin. Il ne le fait pas; c'est un consommateur imporcc tant, ne faisant concurrence à aùcun travailleur. C'est là une combicc naison grave de qualités, au point de vue économique. Si le rentier « n'existait pas, le travailleur devrait chercher à l'inventer». Loin de «pincer» le capital, il faut l'attirer, le caresser. Il y a encore des pays qui le favorisent, continuait M. Dufour, l'Angleterre, la France, par exemple, et ces pays sont trés prospéres. La France n'a même pu se résoudre à instituer un impôt sur le revenu, impôt trés faible en Angleterre, mais suffisant, grâce à l'affiuence des capitaux. cc Lorsqu'on proposa à M. Thiers, aprés 1871, de créer un impôt sur cc le revenu, il ne voulut pas y consentir, et cependant cet économiste « éminent(!) aurait eu là une fort belle occasion de frapper le capital. « Il ne l'a pas fait, et cependant, ayant trom·é la France ruinée, il a « réussi à lui rendre sa prospérité ( 2) ». M. de Gingins : « Il faut respecterle co11trib11able (riche) et le « traiter avec égards, de même que l'on soigne avec douceur les ani- « maux dont nous tirons profit ... Quand on veut obtenir d'une vache « du lait, on ne Ya pas, lorsqu'on la trait, lui donner des coups de « poing dans le mufle ». Les sciwceset lesarts Ilepeuvent prospérer dans un pays ou chacun n'aurait plus que le strict nécessaire ... La sociétére11daux citoyeusdesservicesproportionnelsà leurfort1111e, et non pas progressifs. Les 10,000 francs de celui qui n'a que 10,000 francs sont tout aussi protégés que les multiples de ro,ooo fr. Les services rendus pa! l'État, le contribuable doit les payer proportionnellement; car l'impôt n'est pas un sacrifice sur l'autel de la patrie, mais le paiement d'un service. Le possesseur de 10,000 francs doit-il payer une livre de sucre plus cher que celui qui n'enaque 1,000? Dix propriétaires à ro,ooo francs exigent dix perceptions et dix bordereaux; (r) On le croit sans peine 1 (2) Il a été un peu aidé.

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