LE SOCIALIS~IE AGRAIRE 545 plus ou moins considérables. Les ounicrs agricoles et les fermiers ne sont, dans ces sociétés qu'au nombre de 14,000, alors qu'il y a 160,000 propriétaires, lesquels se sont laissé enYahir déjà par des financiers préleYant parfois un diYidcndc de 35 °/o. De plus l'on oublie qu'en France, - à coté des nombreux prêteurs isolés à court terme (le plus souvent d'une récolte à l'autre), - l'institution particulicre du notariat, aYcc ses 10,000 offices répandus depuis longtemps sur tout le territoire, a été un moyen de crédit trés efficace, mais qui n'a pas entravé la disparition croissante de la petite propriété et n'a servi qu'a adoucir, à masquer ou retarder ses souffrances. • Les nombreuses associations d'aide mutuelle agricole de l'Allemagne n'y ont pas empêché l'accroissement motivé de la popularité du socialisme. Il en est, il en sl.!ra fatalement de même en France. Dans. sa réplique à Jaurès, M. Mèline a promis que la majorité donnerait bientot une base plus solide au crédit agricole, en le complétant par une loi sur les assuranocs qui fera du gage agricole une garantie plus sûre pour les prêteurs d'argent. Soit. Mais cette majorité ne votera sûrement pas la proposition de Millerand sur la nationalisation de la Banque de France. Pourtant, le 11105·enle plus efficace de faire du crédit un in'strument, non d'expropriation, mais d'acquisition et de conserYation de la propriété consisterait à le faire protéger par les pouvoirs publics. En effet, a dit M. Henri Savaticr dans l'une des quatre études qu'il a publiées en 1892 sur le crédit dans l'Associalio1c1atholique, « ceux qui repoussent le concours du pouYoir pour l'organisa- « tion du crédit populaire, s'en vont de gré ou de force demander « le concours de la Haute Banque », M. Sa\'atier a sans doute voulu designer ici les personnages des syndicats agricoles, qui repoussent toute intervention des pouvoirs publics dans leurs affaires, notamment M. Kergall, qui a violemment attaqué à ce sujet M. le comte de Mun. Ajoutons que le crédit mutuel patronné par les grands propri.étaires ne sen·ira qu'à leur permettre de s'enrichir plus sûrement au détriment des petits propriétaires; mais ceux-ci, ne pouvant presque jamais payer leurs échéances, sont forcés de solder leurs prêteurs en nature. Et comme ces prêteurs sont pn;:cisément les maitres des cours, ils acceptent en paiement les récoltes de leurs petits confréres en agriculture à un taux dérisoire. « Il peut même arriver, a écrit Kautski (Disparitionde la petile productionet de la petite propriété), que la dette ne laisse rien subsister des fruits du travail, de manière que ces petits propriétaires travaillent gratuitement et cela gràce à la propriété prÏ\·ée ». Les syndicats agricoles ne serviront guère qu'à mieux canaliser cette redevance de la petite culture à la grande. Les pe6ts seront toujours les affluents des gros, et les prix rémunerateurs continueront à 35
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