La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

54o LA RE\'UE SOCIALISTE « De 'tous les flbux qui mcnaçent l'agriculture, dit encore M. Georges Michel, le plus redoutable est sans contredit, le code ciYil combiné aYec le code de proccdure >>. Eh bien ! supposons ces deux codes redressés, c'est-à-dire toutes les parties concernant ]'agriculture rajeunies, modernisées et réunies en un seul code rural, supposons diminués ou supprimés ]a plupart des droits frappant la saisine des héritiers ou imposant les mutations entre Yifs, supposons abolis les droits féodaux subsistant encore sur le transfert et ]a disposition des terres, et accomplie la réforme de notre régime hypothécaire telle que nous l'exposions dans le numéro d'anil 1892 de la Revue Socialiste : « A la faveur de cette facilité « d'achats et de ventes, dit M. Paal Leroy-Beaulieu, de ce libre « commerce de la terre, les Yieux cadres agricoles, en huit ou dix « ans, se transformeraient. Les oisifs qui n'ont ni les moyens ni le « goùt de s'occuper de leurs terres et qui en Yivcnt tn':s éloignés s'en « dessaisiraient, ils reconstitueraient une nom·clle classe de proprie- « taires compétents, actifs, entreprenants. Le rcléYemcnt de J'agricul- « turc s'opérerait ainsi par une meilleure organisation des forces « agricoles, une augmentation des rendements et non par l\:lc\'ation « des prix. » - « Il y aurait rapidité électrique », dit un autre auteur. Tout d'abord, M. Leroy-Baulieu néglige de nous rassurer sur l'extension q't.1ecc mouYemcnt des terres ne manquerait pas de donner à la spcculation. Puis M. Leroy-Beaulieu oublie cette parole profondément naie de l'un de ses confréres en distinction économiste, M. de Molinari : « Les jours de l'Agriculture individuelle sont comptés. » Enfin, M. Leroy-BaulieL, omet cet aphorisme démontré par notre ami Paul Lafargue dans son rapport présenté au Congres de antes sur « La Propriét6 paysanne et 1'6\'olution économique », à saYoir que, depuis la R6\'0lution, le prix de l'hectare a quintuple'.:, et que cette énorme surélé\·ation de la Yaléur Yénale de la propriété rurale met la terre hors de la portée du paysan, à, 111oi1q1us'il 1i'e111prn11te ... Hélas! Oui. Il y aurait rapidité électrique, non de relévement, mais d'expropriation des petits par les gros; la concentration capitaliste serait Yite paracheYée, mais au prix de quelles douleurs de quelles colércs ! Le poéte François Fabi6 les a éloquemment dépeintes dans une piéce de sa BOIi/leterre : Snisie-Bra11do11. Eh quoi ! Ses blés chéris aux étrangers en proie ! Ses sueurs de l'automne et ses peurs de l'hiYcr Et, depuis les beaux jours, son orgueil et sa joie ..... Les .colércs paysannes Yiendraient infailliblement renforcer les cadres ré\'olutionnaires, ou tout au moins serYir d'appoint aux YOix socialistes. - Les ruraux comprendraient tous que trop longtemps en enrnyant à la Chambre pour les représenter les gros capitalistes et les

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