La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA RE\'lJE SOCIALISTE sentent, toute société est un organisme; elle est assimilée à un indiYidu; elle a un moi; clic a une conscience collective .. Produit d'une longue éYolution en grande partie inconsciente, chaque Etat est constitué d'éléments qui se sont, pour ainsi dire, harmonisés d'eux-mêmes. C'est un être YiYant qui se déYcloppc en vertu d'une force interne à laquelle il obcit sans la connaitre, et qui fait cc qu'il fait parce que sa nature ne lui permet pas de faire autre chose. Cette conception a <'.:tésurtout répandue en Allemagne et en Angleterre. Pour ceux qui représentent, au contraire, le courant idéaliste, toute société est un composé d'indiYidus qui sont unis sans doute par un lien solide et naturel, mais qui le sont (et qui surtout doiYent l'être de plus en plus) volontairement, qui, par conséquent, pcuYcnt se séparer, modifier les conditions dl! leur existence commune, suiYant leurs désirs librement exprimés, suiYant des conventions librement consenties. Les idées, les sentiments de tel ou tel groupe, parfois le génie ou l'éloquence de tel ou tel individu, sont au nombre des forces qui impriment un mouYCment à l'ensemble. Il se forme dans les esprits une socicté idéale sur laquelle on essaiè de modeler la réalité. Cette conception a été surtout populaire en f rance, et clic a inspiré sans conteste les hommes de la RéYolution. Ces deux théories répondent aux deux faces sous lesquelles on peut considérer tout homme et toute action : tant6t comme un effet de causes nombreuses, tant6t comme une cause d'effets multiples. Différentes par leur point de départ, elles différent également par leur point d'arrivc'.:e. L'une aboutit à cette conclusion conservatrice : il faut laisser faire la nature; c'est i peine si on peut l'aider. L'autre mène i réclamer énergiq ucment des reformes, des améliorations, des changements. Ordre ou progrès, autorité ou liberté, devoirs envers l'État ou droits de l'individu, telles sont les formes ordinaires sous lesq uellcs se prc'.:sentcl'antithèse des deux doctrines. Nous sommes de ceux qui, avec Fouillée, Guyau, Malon, Guillaume de Grecf et bien d'autres croient possible et sarre de les ' 0 concilier, au lieu de les heurter l'une contre l'autre. Nous sommes de ceux qui Yeulcnt associer les deux principes, qu'Ôn s'obstine i mettre en antagonisme - indiYidualit6 et solidarité; - et s'il nous fallait rl'.:sumer en un mot notre critique sur la leçon de M. Espinas, nous lui reprocherions de n'ayoir pas su ou voulu faire cette synthése. II La première de ces conceptions sociologiques a rl'.:gné.en Europe et en France depuis 1850 cnYiron. Elle a été surtout dominante, tyran-

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