LE SOCIALISME AGRAIRE 535 ' employait une foule d'ounie,s 1 maçons, couvreurs, charpentiers, et les gens du pays gagnaient leur vie. Mais bientôt ses desseins se firent jour. On le \·it acheter un peu au hasard les terres, puis les maisons. Les maisons achetées, il les dt:molissait. De petits cultivateurs besoigneux voulurent profiter de l'occasion pour vendre le plus cher possible des terres sur lesquelles ils peinaient sans espoir. Les premiers réussirent. Mais, au fur et à mesure que son domaine s'étendait, M. Borderel se m9ntra plus difficile - et plus exigeant. Quelques-uns voulurent résister quand même. Alors commencèrent contre eux d'insupportables vexations: les plantations de sapins étendirent leur ombre sur les terres stérilisées ; l<::s ch<::minsde culture, les passages furent accaparés ; des milliers de lapins dérnr~rent les récoltes. Tous les moyens - licites ou non - furent e_mployés. Que faire? A qui se plaindre? Réclamer des dommages-intérêts, comme le conseillait cyniquement à un pau\Te cultivateur M. Borderel lui-même! Engager des procès, plaider, aller en Appel, en Cassation, se ruiner en frais! Comme si le bas de laine pouvait lutter contre le coffre-fort! Il fallut se 0 résoudre à \·encire - à \'il prix - la propriété étant à demi ruinée. Et, l'un après l'autre, ils \·inrent, l'échine basse, supplier le seigneur de leur enlever pour quelques sous ce qui restait de leurs terres. Ils n'avaient plus qu'un d.'.:sir, un but : amasser un peu d'argent pour fuir le YiJ!age maudit! Aujourd'hui, il n'y a plus - au pied du château - qu'une ferme et deux ou trois masures. Le fermier, en butte lui aussi aux tracasseries et aux vexations de son puissant voisin, a h,îte dt tei:miner son bail, - et d'aller ailleurs. Et le propriétaire de la ferme, ne trOu\'ant personne pour la cultiver fera comme les autres : Il vendra! ..... Aujourd'hui, comme en 89, Jacques Bonhomme appelle le jour de la délivrance ; il appelle, dirai-je le mot puisqu'il m'a été dit, il appelle la Révolution ! « La misère est un bien fort levier. La Grande Ré\·olution approche ! » Aux deux bouts de ce Yiliage, et le surplombant, sont deux constructions, l'une très Yieille, l'autre neuve; la neuYe c'est le chàteau du moderne féodal M. Borderel, la Yieille c'est l'èglise de Jean Meslier. Leurs propriètaires fraternisent. Où est le dessernnt qui osera lutte1 contre son hobereau et le dénoncer au prône? Où est-il seulement celui qui osera theoriquement prophétiser, comme Jean Meslier, l'avènement de l'égalité communautaire? * * * Le sens du mot « prolétariat ii et aussi le nombre des citoyens que la bourgeoisie et le capital y ont incorporés, s'est considérablement élargi, même aux champs. Les draineurs d'épargne en ont fait eux-mêmes l'aveu lorsque, par l'organe de la Républfque Fra11çaise du 21 août 1879, ils publièrent
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