5H LA REVUE SOCIALISTE hypocrisie d'offrir aux petits propriétaires, en lutte contre leur propre expropriation, un métier à domicile ou à portée de leur domicile. L'expropriation s'est le plus souvent op6rée sans ironique compensation. Jaurès, dans la Dépêcbe, Turot et Goullé, dans la PetiteRépublique, ont raconté maints exemples de cette dépopulation forcée des campagnes. Que l'on me permette d'en rapporter plusieurs dont le dernier est très topique et que tout le monde cite dans les Ardennes, lorsqu'on parle de l'accapareme:1t de la petite propriété par les grands propriétaires. i\l. Linard, député opportuniste des Ardennes, possède, d'après Jean Guettré, outre ses sucreries, cinq ou six grandes fermes. M. le baron de La Doucette, battu aux dernières élections par M. Bourgoin qui ne s'est guére souvenu à la Chambre qu'il ne doit son élection qu'à l'appoint des voix socialistes, - a une suzerainetl'.: féodale très étendue dans l'arrondissement de Vouziers. M. le comte ou marquis de \,Vignacourt, que des républicains inconscients ou traîtres ont préféré comme dèputé au socialiste J.-B. Clément, promet des indemnités aux cultiYateurs qui végètent à l'ombre de ses sapins pour les Mgàts causés par ses lapins; mais, exceptl'.: en période électorale, tous les prétextes lui sont bons pour ne pas payer ces indemnités. Enfin, seules les communes dont les habitants ont su s'entendre pour avoir des machines communales, ont pu résister à l"e,wahissante famille \Vignacourt. Mais six ou huit villages ont dù céder, ou sont sur le point de céder. « Je sais, une commune, dit encore Jean Guettrl'.:, qui est presqu'cntièrernent la possession d'un vieux notaire. Ses créanciers continuent à détenir le sol, mais lui paient régulièrement une rente, un fermage, - le meilleur de leurs profits! Voilà le pau\Te notaire qui semble ne Yiue que de son l'.:tude! En réalité, il est l'heureux possesseur de huit cents hectares et le maître de trois cents fi.mes! - Qu'on Yienne après cela célébrer les'beautés de la Yie du « paysan libre sur sa terre libre ! » Dans la paroisse de Butz, oü, Yoilà deux cents ans, officiait, c'està-dirc rendait des services, le curé communiste et rl'.:rnlutionnaire Jean .Meslier, dont Malon a racontl'.: l'histoire dans le numéro d'août r888 de la Revue socialiste, toutes les terres appartiennent aujourd'hui à un M. Borderel. AYant. la venue de cet homme, le village n'était pas bien prospère, surtout depuis que la machine avait ruiné l'industrie locale du tissage à la main. Alors eut lieu un premier départ d'habitants; mais enfin la majorité resta, et, heureuse de son indépendance, se consacra exclusivement à la pènible culture de ses terres. \'int M. Borderel, dit l'f.11ia11cipate1d1ersArde1111cs: • ..... li a acheté un moulin, construit une ferme modt:le Les ,·illages environnants étaient comblés de joie. L'homme était riche, libéral ; il
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